19e chronique de FC

18e jour de mer — dimanche 24 mai 2009

2 757 miles parcourus depuis St Martin, 188 miles depuis Les Açores,
1 068 miles pour rallier Lorient
Vitesse : 6-7 noeuds Cap : Nord-Nord-Est Cap vrai, pas magnétique : pour + de détails : joindre Dom Dubois : 06.09…)
Météo : anti-cylone = soleil ; prévision demain : moteur…
Mer : belle avec houle longue de 3 à 4 mètres

Humeur du Capitaine : Cool.

À NOS LECTEURS

Le Petit Cassiopéien vous renouvelle ses excuses pour la grève inopinée qui a  malencontreusement interrompu la diffusion de notre programme d’information continue.
Le chef a donné de la voix et tout est très vite rentré dans l’ordre. C’est important un chef, un vrai, à bord d’un esquif.

TOUTE DERNIÈRE MINUTE

“J’suis obligé de te quitter, y’a 2 baleines !” Conversation légèrement surréaliste à 19 h 30 entre Nico et sa douce.
Notre vigie attitrée, Totophe, venait d’apercevoir les panaches d’eau de 2 cétacés à environ 200 mètres de Cassiopéia.
Super-excitant… et frustrant car les mastodontes flottants “roulent” vite et sans émerger, petits coquins.
Ils ont manifestement la même devise qu’Arnaud : “les paparazzis ne m’auront pas !”

LES ACORES : “TOUT LE MONDE DESCEND !”

D’abord le souvenir émouvant d’Anna patronne de la Taverne de Pim : douce, enjouée, chétive à la portugaise, virevoltante, primesautière, chaleureuse, tendre…, bref une femme, une vraie comme nous n’en avions pas fréquenté depuis 16 jours… une éternité…  .Anna nous a fait beaucoup de bien et c’était beau et bon chez elle.
Adresse conseillée par Le guide du Cassiopéien (et j’ai son portable à votre disposition…)
Ensuite, il y eut la nuit, plate comme une limande-sole au passage : on n’a toujours pas remonté de poisson…), dans le port de Horta, à couple, en 4e position, avec des Farr 65 anglais, yachts pure course (avec nous à Antigua) : aucune gîte, pas un craquement, pas de masses liquides s’abattant furieusement sur la coque telles des chasses d’eau diarrhéiques, le rêve !
Simple, finalement, comme une place de port.
Réveil sponsorisé par la compagnie Créole, soleil pleins feux et découverte d’un très bel endroit aux faux airs cubains, propret, joliment peinturluré de tons pastel sur fond de rochers volcaniques verdoyants (quand on y réfléchit, c’est super rare les rochers volcaniques verdoyants !). Ambiance bonhomme, sympa. Mais sur Cassiopéia ça joue les fourmis au saut du lit : plein d’eau, de gas-oil (sans une goutte d’essence !), achat d’une courroie et de filtres pour le groupe électrogène réparé par Dom et Christophe et plein de courses : légumes, charcuterie et fruits + un nouvel appareil photo pour Nicolas… (le même…), 4 bouteilles d’un bon rouge local et 2 bouteilles de Ricard (vous voyez qu’on reste raisonnables).
Nous avons juste oublié… le pain et nous sommes donc condamnés à le fabriquer, à nouveau, nous-mêmes. Nico a lancé cet après-midi un 1er atelier pétrin et c’est Christophe qui s’y est collé (dans tous les sens du terme…) le premier, FC est candidat au 2e stage.
Mais l’investissement le plus notable est durable : panoplie complète du petit pêcheur en croisière. Moulinet japonais baraqué super-classe, canne singapourienne, 750 m de gros fil brésilien (pour poissons de 75 kg…), 6 leurres panaméens !
Si avec ça on n’attrape pas enfin un énooooooooooorme thon portugo-groënlandais, je jette mon bréviaire d’écumeur des mers breton par-dessus les filières !

HORTA : OPÉRATION GRANDE LESSIVE DE PRINTEMPS

Spécificité des quais de Horta : ils sont couverts de grandes vignettes multicolores, oeuvres souvenirs des équipages qui ont passé ici de douces heures. C’est naïf, émouvant et rigolo à souhait et si on veut s’offrir la compil on traîne ses guêtres jusqu’aux douches, tout au bout de la marina.
Là réside le repos émollient du guerrier des crêtes.
Une DOUUUUUUCHE, comme à la maison, sans s’accrocher aux murs, sans fermer le robinet au bout de 3 gouttes, une aspersion chaude et sans fin qui vous
redonne le sens de l’odorat, anesthésié par 2 semaines de vie de fennec en vase clos. “Lorsque je me suis rincé, l’eau était noire (NDLR : au sens… propre…) témoigne un certain C. de la B.
Nous avons tous vécu là un grand moment de civilisation. Il nous en faut peu, nous sommes frugaux comme garçons.
Et comme il eût été dommage de remettre de la viande propre dans du textile sale, une 50aine d’oripeaux ont pris le chemin de la machine.
Bref on a remis les compteurs hygiéniques à zéro.

“CAFÉ SPORT”:”LES T-SHIRTS “L” DE “PETER” ÉTAIENT EN NOIR

C’est une institution légendaire du port d’Horta : étape mythique de tous les marins au long cours qui font escale aux Açores, le “Café Sport” qui surplombe la marina de 300 places, a soufflé l’an passé sa 100e bougie.
Une boutique accolée au troquet débite les polos et t-shirts à l’effigie du bar au même rythme que les pintes de bière portugaise voisines.
Et chez les équipiers de Mister Dom, il est une tradition incontournable : LA
photo du team au grand complet arborant un même t-shirt, bras dessus-dessous et croisant le mollet droit (même victime de claquage…) devant le mollet gauche”. Juste avant de larguer les amarres nous décidâmes d’acquérir un trousseau aux couleurs du “café de Peter” avec cachalot blanc sur fond noir logotée dans le dos. Le malheur voulut que nous tombâmes sur une vendeuse godiche (enfin, portugaise…) qui mit 3 plombes à comprendre que nous désirions 5 modèles “L” et un “XL” (pour Nico, évidemment) et non l’inverse ni de taille médium…
Le temps passant, l’urgence se fit impérieusement sentir : 3 bateaux regagnant leurs pénates voulaient retrouver leur coin de quai, Dom, seul à bord, frémissait à
froid… Nous grimpâmes sur Cassiopéia sans nos fameux t-shirts et nous décollâmes du bord prestement… avant de faire, finalement, demi-tour — car
on ne plaisante pas avec la tradition chez Dom
C’est Nico et tous ses bleus, qui s’éjectèrent agilement de notre ketch pour récupérer la précieuse came qui va nous permettre de réaliser le cliché de l’année.
Après ce faux départ, nous mîmes enfin le cap sur Lorient vers 17 h 30, nimbés d’un soleil d’argent-pétant, poussés par un vent de travers de 15 noeuds du meilleur aloi.

CULTURE-ART-SPECTACLE-SORTIES : ENFIN UNE BONNE CHANSON !

Profitant de la présence à bord d’une célébrité du monde du show-biz qui navigue incognito à l’abri de lunettes de mafioso et d’un bob anonyme et néanmoins très parlant : son slogan : “Non les paparazzis ne m’auront pas !”
(cf. précédente chronique), nous avons hérité d’une chanson enfin digne de ce nom, baptisée “La chanson de Cassiopéia” (NDLR : ben oui, quoi, pourquoi faire compliqué quand on peut trouver un titre simple, facilement mémorisable et accessible à tous ?)

À l’occasion de sa sortie, son auteur, Arnaud Gilbert, nous a accordé une interview exclusive :

Le Petit Cassiopéien : “Alors Arnaud, j’veux dire, euh, ça t’a fait méga triper
de composer ce tube avec le clip qui va avec, j’veux dire, euh, ou t’as pas
pris ton panard, j’veux dire, euh, vu k’tu t’es chopé un méga mal de mer, j’veux dire ?”

Arnaud Gilbert, star internationale du show-biz contemplatif contemporain :
“Dans le ciel il y a des étoiles, il m’a suffi d’en décrocher quelques-unes et de les coucher sur le papier avec un bic, de la marque Bic, c’est venu tout seul, je n’ai eu aucun mal à enfanter ce chef-d’œuvre admirable, c’est tout moi, ça, un talent ineffable et tellement profond…”

PC : “Ouais mais Arnaud, j’veux dire, euh, tu permets que j’t’appelle “Arn”?
Arn, donc j’veux dire, euh, t’as vomi ou pas, j’veux dire ?”

AG : “La mer est remplie de milliards de poissons, petits, gros, moyens, qui sont un peu les reflets des étoiles que j’ai décrochées. Un jour Jésus a dit : “laissez venir à moi tous ces poissons, ils se multiplieront et nous pourrons nourrir tous mes amis”

PC : “??? J’veux dire, euh ??? Bon dans tout ça t’as vomi ou t’as pas vomi, j’veux dire euh ? !!!”

AG : “L’homme aspire à l’horizontalité mais, comme le disait St Exupéry, il oublie sa verticalité : il faut écouter respirer l’âme qui est en soi”

PC : “Ah c’est bon ça, j’veux dire, euh, Arn, c’est super, ça te vient tout seul, j’veux dire, euh, ou de temps en temps tu te fais une petite ligne blanche, j’veux dire, Arn, j’veux dire, euh ?”

AG : “Les pétrels qui rasent les crêtes des vagues survolent des dauphins verts et roses, j’en ai vu des centaines l’autre matin, c’est le doigt du Très Haut qui les faisait surfer et réciter des cantiques à la gloire des anges”

PC :”Arn, j’veux dire, euh, j’ai un peu peur que t’aies dépassé la dose, euh, j’veux dire, euh, Arn…”

AG : “Tu crois ?”

PC : “J’en ai peur, euh, j’veux dire. Bon maintenant, entre-nous tu peux me le dire, Arn, t’as vomi ou pas, euh, j’veux dire ?”

AG : “Visez toujours la lune, même si vous la manquez vous atterrirez parmi
les étoiles, disaient, de concert, Oscar Wilde et Philippe Goubin”

PC : “OK, Arn, super, Arn, j’veux dire, euh, ben en fait de concert on va te laisser chanter ta chanson, j’veux dire, euh, sans vomir si tu peux parce qu’on vient de changer la moquette, j’veux dire, euh…”

Interview exclusive de l’artiste réalisée à bord de Cassiopéia le 23 mai
2009.
Le Petit Cassiopéien vous dévoilera l’œuvre dans l’une de ses prochaines éditions.

LE SPI EN CHAUSSETTE

En ce dimanche… dominical, une brume de chaleur emplit peu à peu l’horizon de vapeurs éthérées.
“Dom, t’emmerde pas, on va l’envoyer comme ça !” lance FM au skipper couché sur le pont sous un amas de toile.
“Non, finis ta chaussette ici !” réplique sans façon le capitaine de Cassiopéia.
Il s’agit là d’une très grosse chaussette à très grandes mailles (mais pas bleues comme celles des slips de Nico), une chaussette blanche de spi.
C’est beau une chaussette de spi qui se remplit à la verticale comme une capote géante… ça aussi ça fait rêver…
Il y avait un trou au bout de la chaussette, Dom et Nico l’ont reprisée avec une durite, du fil et le fameux “grey tape” et roule ma poule, envoyez le spi au signal du capitaine, la voile-ballon se gonfle… d’aise.

À L’HEURE CASSIOPEENNE
Samedi au coucher du soleil, comme si de rien n’était, notre capitaine nous a annoncé que depuis 5-6 heures déjà… nous avions perdu une heure… Nous sommes donc dorénavant à seulement H + 2 de Nantes. On se sent de plus en plus proches de vous !

ALORS, C’EST POUR QUAND ??? !!!
“On ne connaît ni le jour ni l’heure” lit-on dans les saintes écritures. Avec notre skipper, seul maître juste après Dieu je le re-re-re-re-rappelle, c’est un peu pareil : il ne s’avance ABSOLUMENT pas (pour l’instant le bateau ne recule pas, c’est déjà ça) : les vents, courants et aléas nautiques détermineront notre heure H lorientaise.
Je comprends que ça vous fasse une belle jambe et qu’en termes de planification on peut faire mieux, mais les voies maritimes, comme celles du Seigneur, sont bien impénétrables, y compris pour le bras droit de Dieu lui-même, mister Dom.

AU MENU DE NICO

MIDI : Salade aux croûtons, pizza du chef au jambon NDLR : super-bonne, les filles ! nettement meilleure que zap-pizza et autres pizza-hut, fruits

SOIR : Pamplemousse au thon, spaghettis au saumon, crème dessert, le tout arrosé d’un rosé “Mateus” portugais.

LES PHRASES DU JOUR

1 François Moli rappelant un souvenir de course Pornic-Baiona et cette saillie mémorable d’Hugo Delaunay à propos de la première femme croisée après 4 jours de mer : “celle-là j’la baiserais mal mais j’la baiserais bien…” (Do si tu nous lis…)

2 Christophe cible d’un photographe du bord : “gaspille pas de la pelloche, moi j’suis pas photogénique, j’suis transgénique…”

3 Re-Totophe Titillé par François C : “ah il me fatigue le jésus !”

4 Re-re-Christophe : “quand je mange une banane sur mon bateau, je l’ouvre, je mets du sucre au bout et je l’écrase comme un bébé”
FC : “t’écrases les bébés ??….”
Christophe : “non j’fais comme les bananes pour bébés, une banane en culotte
de velours…”

5 Re-re-re Totophe :”là-bas y’a avait plein de vreuils !”
FC : “??? de quoi ???”
Totophe : “ben des vreuils, quoi, tu connais pas ??!! Des remous quoi…”
(NDLR : apparemment patois vendéen, décidément inépuisable…)

6 Nico à François C. affalé à l’arrière du cockpit : ” fais gaffe, François, tu vas te faire un claquage de babouches…” (NDLR : cf. FC victime d’un claquage au mollet juste avant le départ)

7 F.Moli à Arnaud : “T’as fait tireur d’élite pendant ton service ? ! En haut des immeubles ??….”

MESSAGES PERSONNELS

1 Arnaud : “N’oublie pas de me dire si François est bien arrivé à Stuttgart, gros bisous !!!”

2 Christophe : “J’arrive en malaxant une miche” (NDLR : tout un programme)

3 François M. : “Rien de spécial…” (NDLR : c’est par timidité)

4 Nico : “Bon courage aux travailleurs pour la semaine qui arrive, nous, tout va bien”

5 Dom à Isa : “tu peux dire à Hervé qu’il ramène la Jag à la maison pour
Philippe Goubin qui va me déposer la voiture à Lorient”

6 François C. à ses femmes : “ai été super heureux de vous avoir entendues ou lues, vie toujours cool, même pas de dispute ou de rixe avec coups de couteaux… enfin pas l’ombre d’un fait-divers à se mettre sous la dent… Gros gros ti-bisous !”

MESSAGE COLLECTIF

Nous préférerions tailler la route, pour l’instant c’est tranquilou et ça rime avec chouchou. La vie est donc plutôt belle et l’harmonie très plaisante.
Nous pourrions saturer (toujours les mêmes têtes en vis à vis…), ben même pas !

Gros BIZOUS !!


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