Le Cassiopeia expliqué aux enfants… et aux autres !
CASSIOPEIA : le bateau
Cassiopeia est un très beau voilier de 65 pieds (soit 19,64 m), avec deux mâts.
C’est un Swan (Cygne en anglais). Il a été construit en Finlande en 1975 et a fait plusieurs fois le tour du monde.
Il a déjà eu 4 propriétaires avant Dom (dans l’ordre : 1 Suisse, 1 Américain, 1 Australien, 1 Américain).
Son dernier port était San Diego, en Californie (Regardez sur la carte, c’est la côte ouest des USA), et il revient en France, après avoir franchi le canal de Panama.
Le voyage à la voile
Vous le savez sûrement, un voilier ne fonctionne que par la force du vent qui pousse les voiles et le fait avancer.
S’il n’y a pas de vent, ou que le vent est dans la mauvaise direction, on n’avance pas !
S’il y a trop de vent, il pourrait retourner le bateau en poussant trop fort dans les voiles. Pour éviter cela, on replie les voiles ou on les enlève.
Heureusement sur Cassiopeia (comme sur beaucoup de voiliers), il y a un moteur qui permet de manœuvrer le bateau sans voile ou sans vent (comme par exemple, quand on entre ou sort d’un port).
Quand on navigue à la voile, même un beau bateau comme Cassiopeia ne va pas très vite.
En moyenne, ce qui est beaucoup pour un voilier, il vogue à 7 nœuds (c’est-à-dire 7 miles marins à l’heure, soit 12,6 km/h). C’est la vitesse d’un vélo de ville !
C’est pour cela qu’il faut 23 jours pour traverser l’océan (7 000 km), mais c’est quand même moins fatigant que si on pédalait tout le temps !
• Désignation des bateaux à voile :
Le vocabulaire des marins est très précis et très riche, car il ne faut pas faire d’erreurs et donner des ordres ou des informations de manière très précise et courte.
Cela est également vrai pour la désignation des bateaux.
Quand un bateau à voile n’a qu’un mat, on l’appelle un sloop.
Quand il y a deux mats et que le grand mat est placé devant, on l’appelle un ketch (c’est le cas de Cassiopeia).
Le mat d’arrière s’appelle le mât d’Artimon.
Quand il en a deux et que le grand mat est placé à l’arrière (ou que les deux-mâts ont la même taille), on l’appelle Goélette. Le mât d’avant s’appelle le mat de Misaine.
Donc, « Cassiopeia est un ketch de 65 pieds »
veut dire
« Cassiopeia est un bateau à voile de 19,64 m de long, avec deux mâts, le grand mât est devant ».
Vous voyez, c’est bien plus court !
La vie à bord
• L’équipage
Nous sommes 6 hommes à bord du Cassiopeia pour faire la traversée de l’Océan.
2 sont des marins très expérimentés, 1 un peu moins, 3 n’ont presque jamais fait de voile en haute mer.
Il y a le capitaine (Dom), propriétaire du bateau. On dit aussi le skipper. Il commande le bateau et l’équipage et on ne discute pas ses ordres car il a la responsabilité de la sécurité de l’équipage et de la route à prendre.
Sur un bateau à voile, il faut être très efficace et faire les choses vite.
Il y a tout le temps des choix à faire et à décider (sur le moment et la manière de régler la direction du bateau, d’entrer dans un port, de changer les voiles, d’analyser le vent et la météo…) et chacun a un poste et des tas d’actions à faire de manière organisée, pour que tout se passe bien. On dirait un ballet !
Il y a le « numéro 1 » (Moli), qui est le marin le plus expérimenté sur les manœuvres et vérifie que tout se passe bien aux moments les plus compliqués.
Il y a le « chef » (Nico), qui participe aux manœuvres, mais est surtout responsable de la nourriture de l’équipage. Il fait la cuisine et prépare les menus. C’est aussi lui qui fait la liste des courses des choses à acheter avant de partir. Il n’y a pas de magasins en pleine mer, donc s’il s’est trompé dans les proportions, on ne pourra pas racheter ce qui manque ! (et en mer, on n’arrête pas de grignoter).
Il y a les autres marins (Francisco, Totophe et Arno), qui se relaient pour veiller à la bonne marche du bateau. Totophe et Francisco sont les pêcheurs du bord, ils essayent de prendre (et y réussissent) des poissons avec une ligne qui traîne derrière le bateau. Arno est le poète qui nous écrit des chansons.
• Le plan du bateau
Sous le pont, un bateau est comme une maison, avec des pièces et des couloirs (sur un bateau, on dit des coursives).
Pour faire simple, coupez le bateau en 4 dans le sens de la longueur et partons de l’avant.
À l’avant il y a… le triangle avant. Nous sommes dans le nez du bateau, c’est la partie qui bouge le plus (de haut en bas, quand le bateau entre dans les vagues). On pourrait y dormir (il y a des couchettes aménagées), mais ce ne serait vraiment pas très confortable en haute mer ! Cela sert le plus souvent à ranger les voiles et les accessoires qui ne servent pas souvent.
Ensuite, il y a la ou les cabines (cela dépend de la taille du bateau).
Sur Cassiopeia, qui est un très beau bateau, il y a deux cabines avec chacune un cabinet de toilette/WC.
Au milieu du bateau, il y a la pièce la plus importante du bateau : le carré.
C’est à la fois le salon, la salle à manger, la cuisine et le bureau avec les instruments du bord. Située au milieu du bateau, c’est la pièce qui bouge le moins quand le bateau navigue.
C’est là que se tiennent les marins, quand ils ne dorment pas ou ne sont pas sur le pont.
Dans la partie séjour, des banquettes/couchettes entourent une belle table pliable. La nuit, certains marins dorment sur les banquettes qui se transforment en couchettes.
La cuisine est très bien aménagée, avec une cuisinière four, un grand réfrigérateur coffre (pour que tout ne tombe pas par terre quand on l’ouvre et que le bateau penche) et un évier pour faire la vaisselle.
Il y a la table à carte avec les instruments de navigation, pour suivre la navigation et faire le point (voir plus loin).
On y trouve aussi « l’échelle de carré » ou « descente », escalier très raide qui mène sur le pont ;
À l’arrière, la cabine arrière, la plus grande, qui ne bouge pas trop.
C’est la cabine du Capitaine…
• La gîte
Lorsque le vent souffle dans les voiles pour faire avancer le bateau, le bateau se penche un peu sur le côté. c’est tout le bateau qui tourne un peu sur lui-même, à ce moment-là, le plancher du bateau devient très penché (un peu comme un toit de maison).
En plus, avec les vagues, cette pente change tout le temps, ce qui rend les déplacements très difficiles.
On ne peut rien laisser posé sur les meubles, tout finit par tomber, voire même traverser la pièce en volant !
Tout devient un peu plus compliqué, faire la cuisine, faire sa toilette, faire pipi, dormir (pour ne pas tomber, les lits ont des côtés en toile qui nous « bordent », c’est finalement très confortable !).
• Le quart
Un bateau à voile ne s’arrête jamais quand il n’est pas au port.
Jour et nuit, il avance heureusement, car à l’allure à laquelle il avance, on ne serait pas arrivé s’il s’arrêtait la nuit.
Et puis, comment pourrait-on jeter l’ancre quand il y a 6 000 mètres de fond sous le bateau ?)
Sur un bateau à voile, il faut donc toujours un ou deux marins sur le pont pour surveiller la mer et faire les manœuvres.
Pour que ce ne soit pas tout le temps les mêmes, on organise un roulement (comme pour mettre le couvert à la maison).
La période où les marins sont de service s’appelle le « quart ». Il y a des quarts de jour et des quarts de nuit, où le marin reste sur le pont 2 ou 3 heures pour vérifier que tout se passe bien, qu’il n’y a pas un bateau avec lequel on pourrait se cogner, ou un coup de vent qui arrive et qui oblige à changer les voiles.
Quand l’homme de quart donne l’alerte, tout le monde sur le pont.
La nuit, on doit se réveiller et s’habiller en moins de deux, pour faire la manœuvre… et on retourne se coucher. Ce n’est pas toujours facile !
Mais le quart de nuit est aussi un moment magique, pour observer les milliers d’étoiles, regarder le plancton luminescent qui brille la nuit autour du bateau, regarder filer les nuages, admirer la lune et la mer…
Il faut juste être bien couvert pour ne pas avoir froid (même en été).
• Le journal de bord et le point
Pour ne rien oublier et garder une trace des choses qui se passent, le capitaine tient un journal de bord. Il y note, par exemple, le temps que le générateur électrique ou le moteur ont fonctionné (pour prévoir sa maintenance et calculer la consommation d’essence), les changements de réservoir d’eau (pour calculer la consommation d’eau et vérifier qu’il n’y a pas de fuite), les bricolages à faire ou qui ont été faits pour réparer ou améliorer le bateau, les changements de voile ou de vent, les pannes et avaries. Cela sert pour suivre et organiser la vie du bateau.
Deux fois par jour, (au moins), à heure fixe (c’est plus facile pour les calculs), le capitaine « fait le point ». Il calcule la position du bateau et la reporte sur la carte (il « fait un point » sur la carte).
Il note également la force du vent, sa direction, la vitesse du bateau et calcule le chemin parcouru et la direction suivie par le bateau. Cela lui permet de décider ce que le bateau va devoir faire dans les heures qui suivent (direction, réglage des voiles) et de donner ses instructions à l’équipage.
Dans le passé, c’était très difficile de faire le point au milieu de l’océan (il n’y a pas de panneaux indicateurs en pleine mer !). On utilisait des instruments et des tas de calculs compliqués.
Aujourd’hui, avec le GPS et les satellites, le capitaine a tout sur l’ordinateur du bateau.
Mais un ordinateur peut tomber en panne ! Il faut donc bien tout reporter sur une carte papier et le journal de bord, et continuer à savoir se débrouiller sans ordi, si on ne veut pas se retrouver en Afrique au lieu de Lorient !
• L’eau et la toilette
Quand on est en mer, il y a beaucoup d’eau autour du bateau, mais elle est affreusement salée ! On ne peut pas la boire, à peine s’en servir dans la cuisine, et c’est très désagréable de se laver ou de faire la lessive avec. Très vite, cela gratte très fort et la peau n’aime pas cela.
Avoir assez d’eau douce est donc un problème pour tous les bateaux à voile, car on en consomme beaucoup (2 l par jour et par personne pour la boisson, + 3 litres minimum pour les thés, cafés et la cuisine - nouilles, riz, lavage de la salade - et « toilette de chat », en fait plutôt 6 l quand on ne se rationne pas).
Il faut la stocker sans qu’elle ne s’infecte car une fois partis, on ne pourra plus en retrouver.
Par exemple, pour notre traversée, nous avions 250 l d’eau en bouteilles et 1 250 litres d’eau en réservoirs (consommable pour la cuisine et utilisable pour la toilette, mais il vaut mieux ne pas trop en boire).
Cela fait 1 000 bouteilles d’eau comme vous en voyez tous les jours. En packs de 6, cela fait une pile de 55 mètres de haut !
Nous en consommons 30 à 40 litres par jour. Je vous laisse faire les calculs.
Évidemment, on ne peut pas prendre de bain (il n’y a pas de baignoire), ni de grandes douches (une douche consomme environ 70 l d’eau). On fait donc des toilettes de chat (dents, mains, pieds et gant de toilette pour le reste).
Vous ne pouvez pas savoir le plaisir que l’on éprouve quand on rentre à terre et qu’on peut enfin reprendre une bonne et longue douche chaude.
Pour les WC, ils sont comme à la maison, et on utilise de l’eau de mer.
Donc, pas de problème.
Sur Cassiopeia, il y a une machine très précieuse pour transformer l’eau de mer en eau douce. Elle produit 1 litre d’eau douce à la minute, mais elle consomme beaucoup d’électricité et ne peut marcher qu’avec le moteur qui produit l’électricité. Nous la préservons pour les moments où nous manquerions d’eau.
• La cuisine et les repas
Sur un bateau, on se dépense beaucoup car le bateau bouge tout le temps et les manœuvres sont des efforts denses et fatigants (un peu comme un tour de stade à toute vitesse).
En plus, on est loin de sa famille et dans des conditions parfois un peu difficiles (froid, humidité, vent).
C’est donc important pour le moral et la forme de bien manger et de manger souvent.
Entre les repas, il arrive fréquemment qu’on grignote un petit biscuit ou une barre de céréales.
Aux repas, on est soit dehors, si le temps le permet, soit dans le carré mais ce n’est pas très facile de manger quand la table est penchée et bouge tout le temps.
Le cuisinier du bord (Nico) essaye de varier les menus et de faire des plats en quantité suffisante pour des hommes qui font une activité physique. Le plus dur est de conserver les fruits et légumes.
Au-delà de 5/6 jours, ils ont tendance à pourrir si on ne fait pas très attention à la manière de les stocker. Par exemple, les fruits sont conservés dans des filets qui pendent dans la cabine (pour éviter qu’ils ne s’écrasent ou croupissent), sauf les pommes qui se conservent mieux au frais (car nous avons de grands réfrigérateurs).
Menus d’une journée par exemple :
• au petit-déjeuner : café, biscuits, porridge (avec beurre et sucre, miam)
• au déjeuner : salade, Thon au riz avec de la mayonnaise, vache qui rit, fruits
• au dîner : soupe, cassoulet, salade de fruits
Hier, nous avons eu du poulet rôti.
On fait du pain à bord, et même des gâteaux et des tartes.
C’est donc un peu comme à la maison, mais en plus compliqué, car Maman n’a pas besoin de se tenir aux placards pour rester debout !
• Le sommeil
Sur un bateau, comme il y a toujours quelqu’un qui fait quelque chose, même la nuit, il y a toujours quelqu’un qui dort !
On dort beaucoup en bateau, parce que c’est fatigant… et parce que c’est bien agréable de faire une petite sieste.
On est aussi réveillé souvent, pour une manœuvre ou pour prendre son quart. C’est une habitude à prendre, mais on s’y fait très vite.
• Les dauphins
Plusieurs fois par voyage, les dauphins rendent visite au bateau. C’est toujours un moment magique, même si on en a vu beaucoup et souvent.
Nous avons pu les filmer pour vous rapporter des images (vous les avez peut-être déjà regardées).
Ils ne sont jamais seuls. En général, ils sont entre 5 et 10, mais ce matin, nous en avons vu plusieurs bandes de 15-20 qui sont venus danser, jouer et pêcher autour du bateau.
Ils font la course avec le bateau, sautent hors de l’eau pour nous regarder, jouent à se bousculer comme des enfants dans une cour d’école, et chassent les poissons à toute vitesse pour les manger.
Ce matin (encore !) il devait y avoir plusieurs bancs de poissons à proximité du bateau, et nous pouvions très bien voir les petits poissons essayer d’échapper aux dauphins, et les dauphins les attraper pour les manger, tout cela à la vitesse d’un vélo, quand même !
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