18e chronique de FC
mai 26th, 200916ème jour de mer - vendredi 22 mai 2009
140 miles parcourus ce jour,
2500 miles parcourus depuis St Martin
1270 miles pour rallier Lorient
Météo : soleil le matin, crachin vendéen l’après-midi
Mer : belle avec 1m de houle
Vent : 5 à 7 nds (NDLR : 5-7,mon créneau horaire préféré…)
Vitesse:7 nds
Cap : 95…M
(NDLR : M,comme magnifique…) = plein EST
Humeur du Capitaine : Sereine, bonne, bricoleuse… et dilatée au port de Horta.
DERNIERE MINUTE
Après une journée pépère et sympatoche, nous arrivâmes à 21h au port de Horta sur l’île de Faial où nous nous posâmes comme des fleurs fraîches après 16 jours, 3 heures, 17 minutes et 29 secondes de traversée.
Bon,à l’arrivée on s’est fait un peu jeter : « vous êtes Français ? On n’a pas de place pour vous !! » nous hurla un gradé courtois. Une nouvelle fois le chef, trop trop trop trop fort (vraiment je l’aurai un jour !!!) nous tira d’embarras en prétextant un problème d’ancre bloquée (sinon on était bon pour un mouillage au beau milieu du port en pleine nuit…)
Je vous écris du resto d’Anna, un amour de brunette qui nous a pris sous son aile généreuse autant qu’affectueuse.
Le resto très sympa en bordure de la plage de sable noir (noir, la classe !…) s’appelle « Tabernas de Pim ».
Apéro : Ricard,évidemment (on n’en avait plus à bord) puis…STEAK de boeuf
ENOOOOOOOOORME et……FRIIIIIIIIIIIITES, le tout arrosé d’un très bon rouge açorien « Quinta de Pancas ».
Le dessert : on y arrive.
Nous avons débarqué tels des ivrognes,ayant un peu de mal à retrouver
notre sens de l’équilibre…Et ça tourne encore pas mal.Et la nuit ne fait que commencer dans ce port super sympa où j’ai personnellement l’intention de passer une partinuit en vadrouille…
UN PEU DE SERIEUX QUE DIABLE !!!
Comme on ne peut pas faire que dans la gaudriole et que nous sommes là aussi pour vous instruire (sinon le chef ne m’emmènera plus jamais à son bord),voici quelques éléments qui vous permettront, sinon de briller en société, à tout le moins d’être un peu moins truffe, cruche ou blaireau sur l’eau.
ANTICYCLONE DES ACORES : LE COUP DE LA PANNE
Les Açores ont la cote pour la gente féminine esseulée qu’elles abritent - nous tenterons d’égayer sa soirée… toujours notre esprit scout,prêt en permanence à rendre service…- , elles sont surtout connues pour leur fameux anticyclone qui fait les délices d’une radio d’Etat dont je tairai le nom et qui déblatère tous les soirs à 20h sur les hecto-pascals, millibarrres, malabars et autres zanzibars.
Mais qu’est-ce donc qu’un anticyclone ?
En d’autres termes : « un anticyclone,comment ça marche ? »
Et si on commençait d’abord par la dépression ?! Passons rapidement sur celle du psy qui a, finalement, assez peu d’impact sur la bonne marche d’un bateau. »La dépression,nous indique doctement notre Capitaine, c’est comme un entonnoir (NDLR : j’aime bien quand il prend des images bêtasses comme ça, j’me sens tout de suite moins ballot…
même si « on n’est pas câblés pareil » (sic,hier soir à l’heure du dîner) : c’est vrai et même que j’le revendique !!)
Bon tout ça nous éloigne de notre entonnoir qui avale le vent.
Quand on vide cet entonnoir ou ce lavabo,ça fait tourner le vent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Si vous avez déjà fait l’expérience avec un litre de Bordeaux madérisé, vous avez remarqué qu’au milieu il n’y a pas de vent.
L’anticyclone c’est tout simplement l’inverse: »Vous prenez un vieux 78 tours, poursuit, nostalgique, Mr Dubois (NDLR : apparemment ça ne marche pas avec un 33 tours,encore moins avec un 45 tours…, allez savoir pourquoi…),
vous déposez du sable dessus (NDLR : faites ça sur une plage, vous vous faites interner sur le champ…) : le sable valdingue vers l’extérieur, tout le vent est autour de l’anticyclone mais pas en son coeur…
Bon j’sais pas si vous avez tout compris (si oui vous êtes très fort car moi j’ai pas pipé grand chose à ce que j’ai écrit… dès que c’est un peu technique… ça doit effectivement être un problème de câblage…)
bref si vous avez tout compris, tant mieux, sinon c’est pas dramatique, il existe de très bons ouvrages succincts qui résument ces choses-là plaisamment en 700 pages.
Retenez une seule chose que vous connaissiez déjà : dépression = pluie, anticyclone = soleil et portugaises languides.
C’est à cause de ce p…d’anticyclone qu’on tourne au moteur depuis 2 jours et 2 nuits sur une mer d’huile et que je ne peux même plus appeler les femmes de ma vie par téléphone satellite… bon c’est vrai que je l’avais pris à l’envers…)
SATELLITE:LES LIAISONS DANGEREUSES
Que voilà une belle transition pour vous dire un mot sur les coûts de nos communications. Soyons…terre à terre (si je puis dire…):
.Les Mails : en émission-réception, le méga-octet (ce qui est quand même assez méga comme octet) nous est facturé 15 dollars US.À titre d’exemple une chronique lambda du Petit Cassiopéen oscille entre 10 et 13 kilos. Addition : 15 centimes d’euros.
Mais la pièce jointe d’1 méga (photo,mini-film) nous coûte 15 dollars… d’où notre parcimonie dans l’envoi des supports images que vous aurez plaisir (nous l’espérons) à découvrir à l’arrivée.
. La Voix : 1,50 dollar US la minute en émission…15 dollars US la minute de la terre vers nous,vous comprendrez que Dom est plus à l’aise quand il appelle lui-même que lorsqu’il reçoit un coup de fil, surtout pour parler de la pluie, du beau temps et des mouettes qui volent bas…
UN PETIOT MOT SUR CASSIOPEIA
Ce p’tit canot a éclos en Finlande, à Pietrasaari l’an 1975, précisément le 14 mai comme indiqué sur la plaque de laiton fixée sous l’échelle qui mène au carré.
On rappellera incidemment que les premiers bateaux plastique ont vu le jour autour de 1968… c’était effectivement une petite révolution.
Cassiopéia a fait partie de cette génération de pionniers, très fortement…membrés, de constitution exceptionnellement robuste (NDLR : c’est pas pour rien que Dom s’entiche de cette danseuse : elle fait rêver mais en plus elle est solide comme un pneu Dunlop SP Sport).
A titre indicatif nous noterons,après auscultation exhaustive de la bête, que l’épaisseur de sa coque oscille entre 2 et 5 cms (contre 1 à 2 cms en moyenne pour les bateaux d’aujourd’hui).
Revenons donc à notre Swan 65 : les premiers exemplaires sont destinés à réaliser des courses aurour du monde. Le numéro 3 de la série (Cassiopéia étant, je le rappelle pour ceux qui ne suivent pas assez attentivement notre chronique,le 14ème du nom), baptisé « Sayula » a gagné la 1ère Whitbread, première course du monde
en équipage en 1973, en damant le pion à un certain… Eric Tabarly,victime d’un double démâtage sur… »Pen-Duick 6 » (!!!)
« Sayula » appartient toujours au même propriétaire, le célèbre senor Ramon
Carlin (NDLR : comment,vous ne connaissiez pas ? mais quelle buse vous faites, très chère, sauf votre respect…). Il est toujours mouillé (Sayula, pas Ramon Carlin…bien qu’il ait maintenant l’âge de porter des couches pour incontinents…)
à… Puerto-Vallarta ! là-même où el senor Dominico Dubois est venu ravir Cassiopéia le 7 novembre dernier (lendemain de l’anniversaire de Dom + de votre serviteur et de la petite Louise C.,13 ans).
CASSIOPEIA « EN MER COMME AU CIEL »
Ceux qui avaient consommé un apéro légèrement alcoolisé hier soir se sont demandé pour quelles raisons ils voyaient double : sur bâbord, dans le ciel, la constellation Cassiopée, la même que sur notre spi bleu ciel ! Grand moment d’émotion sous la voûte céleste incroyablement scintillante.
Dans une nuit de coton le plafond tapissé d’étoiles à l’infini nous tire vers le haut, inspire la verticalité, « we fly into the sky » comme le chante si bien Lenny Kravitz (merci MC), on tutoie les étoiles et c’est trop fort…
SOLEIL : LEVERS, COUCHERS, LE PIED !!
Moi j’trouve ça injuste : on n’arrête pas de vous parler du moindre aileron de dauphin qui passe à portée de notre étrave (encore une belle colonie ce matin à fond les ballons,totalement jouissif ! et une brochette d’une 20aine à la fin du déjeuner, du très très grand show comme on aimerait en voir plus souvent,ça nous change de « Amour,gloire et beauté » à 14h sur TF1), mais personne ne vous parle des levants qui incendient l’horizon, des couchants flamboyants…sans doute car ils sont devenus trop quotidiens, banalisés.
Moi ils me donnent chaque fois la chair de poule et je les immortalise sur la pelloche avec volupté. C’est du beau en barres, de l’or cosmique.
On contemple et ça nourrit ce qui est profondément sensible en nous. La chance !!!…
MONTAGNES SUB-AQUATIQUES
On y pense peu en surfant sur la houle et pourtant : nous passons nos journées à la cîme de très hautes montagnes sous-marines, l’ivresse des grands-fonds rejoignant celle des sommets.
Au cours de notre première moitié de traversée nous avons « survolé » des pics rocheux dépassant parfois les 5 000 mètres (à comparer avec, par exemple, le Mont-Blanc, 4807 mètres,source Christophe),avec des variations de l’ordre de 1.500 mètres sur 3 kilomètres de distance,ce qui donne un peu le vertige.
Ces montagnes russes immergées produisent des vagues conséquentes : « quand la mer est mauvaise, à ces endroits elle lève encore plus, nous précise notre skipper,d’où l’intérêt d’avoir toujours un oeil sur les courbes de dénivelé des cartes marines »
LE GANG DES BARBOUZES
Nous avons, il faut l’avouer, des mines patibulaires… mais presque. Les « poilus de Cassiopéia » arborent des barbes d’une bonne semaine, blanchies sous le harnois,ils feront peur ce soir dans les rues de l’île de Faial s’ils ne passent pas chez le barbier avant de « partir en piste » comme disent les Bretons.
Le premier Swan de Dom s’appelait « Wanted », nous pourrions, nous aussi, figurer sur l’une de ces affiches placardées chez les shérifs de l’Arkansas ou de l’Ohio.
Personnellement je trouve que ça donne un charme certain à… certains.
Nico,lui, toujours doté d’un sens pratique affûté, avait pris l’option « sans poils » pendant sa gestation : c’est moins viril mais ça fait des vacances… pendant les vacances…
Et précisément :
NICO LE CUISTOT VOUS PROPOSE CE JOUR:
MIDI : Tranchettes de saucisson en introït,épinards et charcutailles en résistance, oranges et bananes en conclusion + café
SOIR : Resto açorien, waouhhhh !!!!!!!
SOS « GREY TAPE »
Quand on l’entend la première fois on se sent réellement « niais de service », il en faut toujours un à bord, ça valorise les autres.
Comme le ridicule est le cadet, mais alors cadissime de mes soucis, je m’en tapais comme de l’an 40 jusqu’au jour où, lassé des diagnostics savants à répétition face aux plus grands maux dont souffre ce bateau : « Une fuite ? » « Vois avec Grétèpe… » ; « un problème de joint ? » « Grétèpe devrait faire l’affaire… » je m’enquis de l’identité de ce fameux Monsieur Grétèpe et, éventuellement, de sa carte de visite pour tous les bricolages qui m’attendent au retour à la maison.
Quelle ne fut pas ma surprise : cet homme providentiel n’était en fait qu’un vulgaire ruban adhésif gris,un « grey tape »…Comme quoi quand on veut vraiment se la péter tous les moyens sont bons,y compris un bout de scotch de rien du tout…
« LA CALE D’ETAMBRAI , C’EST PAR OU ? »
Là non plus c’est pas dans le bottin.Pour les profanes les « cales
d’étambrai » sont des petites choses à l’air insignifiant quand on met le nez dessus après avoir démonté une grande partie de la cabine avant tribord (celle d’Arnaud et de Christophe, yes !!!,y’a pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui trinquent…) et pourtant leur rôle est capital : de constitution caoutchouteuse ces demoiselles assurent le blocage du mât pour ce qui concerne ses mouvements longitudinaux (d’avant en arrière,quoi). Or les deux miss s’étaient fait la malle en douce. Ce qui n’échappa pas à la stupéfiante sagacité de nos petits amis bricoleurs qui eurent tôt fait de remettre ces dames à leur place ce matin,c’est à dire collées-serrées contre le gros mât turgescent, ce qui en fait certainement rêver plus d’une…
LES PHRASES DU JOUR
1 Du toujours fidèle au poste Christophe à propos de petits besoins:
Totophe à FM : « Vous faites pipi assis,vous ? »
FM : « Ouais moi j’trouve ça plus sûr ! »
Totophe : « Moi j’pisse debout,comme les filles : t’écartes bien tes jambes, tu
plaques tes mains comme ça contre le mur et ça va tout seul !! »
Dom: »Moi j’avais jamais pensé à me mettre à plat ventre sur les toilettes pour faire pipi… »
2 Christophe (suite)
« Ce soir on va aller voir les Portugaises, accrochez vos jupons, les filles, on arrive !!! »
3 François Moli à propos de ses conquêtes féminines : « Moi j’ai passé l’âge des pelles,j’suis passé aux râteaux !! »
4 Dom à FC à propos de bon coup de fourchette:
« Comme me disait ma grand-mère:un sac vide ça tient pas debout » (si tu bouffes pas tu tiens pas le choc) (NDLR:Bon sang ne saurait mentir…)
COURRIER DES LECTEURS
.Mme Linda da Antonetta-Cécilia-Conchita-Astra-Maria GONZALES DA SUZA,rue
des Assoreuses, Les Açores, E-V : « Dites, vos 3 baleines elles avaient pas des soupapes sous le jet par hasard ?? Parce que je viens de perdre mes 3 cocottes-minute. Si vous les revoyez vos « baleines », merci de me les rapporter à la maison,je saurai vous remercier…
MESSAGES PERSONNELS
1 François C. aux plus jeunes de ses chéries : « j’ai dans ma besace 10 min
de vidéo de 20 dauphins-taquins se frottant la couenne à la proue de Cassiopéia avec crawl sur le dos pour exhiber leurs ventres blancs (beaucoup plus exhibitionnistes que les baleines), le tout à toute berzingue, un vrai bonheur ! + BBBB (Big Bisous Bien Baveux comme vous écriviez quand vous étiez encore petites et mignonnnes…) !!!
2 François M. : « Merci à mes zouzous pour la musique sur le MP 3. Veuillez agréer etc… Ah non c’était pas fini… »5h du mat’, lever de soleil seul à la barre, dauphins, musique, le pied !!! (NDLR:pour ne pas dire plus !!!!)
3 Nico : « St Martin-St Barth-Les Açores, l’Atlantique, c’est la grande Europe, pensez au 6 Juin !!! » (NDLR : Votez UMP ! Ah non c’est vrai on parle pas de politique…)
4 François C. : « Atmosphère nirvanesque…et tellement amicale. Nous avons « très beaucoup de chance » et c’est grâce à vous, merci de tout coeur pour ce magnifique cadeau,qui compte dans une vie ».
5 Dom: »ça c’est fait ! » (NDLR:c’est l’une de nos formules fétiches à bord)
MESSAGE COLLECTIF
A nous fritas et petites portugaises !!
Mais ça ne nous empêche pas de penser très fort à vous toutes et tous !!
Gros baisers à la portugaise (langoureux)
20e chronique de FC
mai 26th, 200919e jour de mer — lundi 25 mai 2009
2 915 miles depuis le départ (5 400 km)
346 miles depuis Les Açores
940 miles d’ici à Lorient
Vitesse : 6 nœuds Cap 35 (Nord-Est)
Météo : Grand beau frais
Mer : grande houle longue du large avec creux de 3-4 mètres
Humeur du Capitaine : Rangeuse !
NUIT AU 7e CIEL : PARADE DE DAUPHINS AUX FLAMBEAUX ET LACS PHOSPHORESCENTS
D’habitude nos nuits sont plus belles que les vôtres et c’est notre firmament qui les illumine.
Hier soir la luminescence est venue d’en bas, fulgurante, irréelle. D’abord les traînées fluos de dauphins sprinters, brillantes comme des torpilles. Ils nous ont accompagnés en silence tout au long de la nuit, c’est le phytoplancton qu’ils déplacent vigoureusement qui assure leur marquage by night.
Ce même plancton, particulièrement réfléchissant hier, s’est, à plusieurs reprises, concentré en nappes géantes sur lesquelles nous avons surfé en technicolor “comme sur des rivières de diamants” observait finement notre skipper (fin connaisseur en pierres précieuses) aux alentours de minuit. Nous filions alors à 7-8 nœuds sous spi dans un noir de soie exquis.
Sur l’arrière de Cassiopéia, une longue traînée blanche impressionniste façon voie lactée, somptueuse…
Plus prosaïquement les deux François se sont fait des petites frayeurs sur le trône en pompant (NDLR : après avoir opéré nous pompons comme des shadocks pour rincer puis éliminer, le tout à l’eau de mer). Dans la nuit notre cuvette virait subitement au blanc-vert flashy un peu saisissant pour qui a du mal à émerger.
Oui il y a de la magie dans ce que nous vivons, y compris dans le plus simple appareil…
PETIT-DEJ COMME AU RITZ
Magie aussi au saut du lit : une quinzaine de croissants chauds faits maison par Nico en plus du pain “delicious” de Christophe, on peut être aventuriers et aimer les bonnes choses. Rien que d’y repenser je m’en pourlèche les babinettes…
CHERCHEZ LA BALEINE
Ca me rappelle l’histoire du serveur : “comment avez-vous trouvé le steak ?” “Tout à fait par hasard, en soulevant une frite” répond le client.
Ce matin ça m’a fait pareil avec une baleine sur bâbord. Je suivais le vol gracieux d’un pétrel (souvent annonciateurs de poissons) lorsque je découvris un cachalot et son geyser à 400 mètres de Cassiopéia. Furtif comme d’hab.
Poids-lourd fonceur. Nous en revîmes quatre dans la matinée et l’après-midi, ce qui porte notre tableau de chasse à 10. Ca s’arrose !
Les dauphins nous restent fidèles aussi de jour, bien que plus discrets. Aperçu ce matin trois spécimens cavaleurs et “cabrioleurs” : trop beau !
CUEILLIS A FROID SUR LE PONT
C’est une nouveauté : certaines vestes de quart sont dorénavant arborées le jour dans le cockpit par certains équipiers qu’on imaginait plus virils… notamment originaire de Vendée… mais qui, bien sûr, a souhaité garder l’anonymat, ce que nous respectons évidemment…
Cela dit le froid s’est réellement abattu de façon spectaculaire cet après-midi : aux alentours de 15° (soit une chute de 4-5° par rapport à la veille).
Nous nous “francisons” de jour en jour…
Mais dans le carré ça va tout de suite beaucoup mieux : 22°… grâce au moteur, au four de Nico et à notre légendaire chaleur humaine.
SUR CASSIOPEIA UNE ÉQUIPE DE SPÉCIALISTES… À VOTRE SERVICE !
Une dream-team c’est avant tout une équipe de spécialistes. Chacun son rayon.
Le Petit Cassiopéien en a fait l’inventaire, en exclusivité.
1 DOM : Armateur, patron, commandeur, skipper sans peur, maître du temps, bricoleur, ingénieux ingénieur, chef dévoué, vénéré, adoré de ses hommes, bref charismatique, soucieux du détail (NDLR : “à propos, François, t’as rangé ta cabine ?….”), insomniaque par devoir et ronfleur par accident
(NDLR : mais ça ne se dit pas : par définition, le capitaine est le seul homme du bord à ne pas s’adonner à la ronflette), M. Propre et LE spécialiste des polaires jaunes en Atlantique.
2 ARNAUD : Horloger, couturier (sur voiles, pavillons et tous supports : Tél. : 06.03…), plongeur (en évier) et surtout poète, écrivain, auteur-compositeur-interprète.
3 CHRISTOPHE : “Groupe-électrogéniste” et ronfleur (une double spécialité très cohérente), pêcheur, buveur, amuseur, auteur de citations, créateur linguistique, vigie presbyte (baleines, dauphins, frégates militaires etc.), déverrouilleur de cadenas à 3 chiffres.
4 NICO : Maître-Cuistot, informaticien, électronicien, spécialiste
télécom, plombier-menuisier-chauffagiste, “bovineur” d’écoutes. (Déf : souqueur
comme un bœuf), coursier, livreur, serveur, commissaire-économe, photographe-vidéaste-monteur.
5 François Moli : Acrobate-voltigeur (dit “le singe”), bon dormeur, régleur de voiles de pointe, spiritualiste (homme d’esprit et de mots fins), fourchettiste (bon coup de…), LE mannequin du bord.
6 François C. : Rédacteur et photographe-vidéaste waterproof, pantoufleur gourmand et gourmet, pêcheur et pécheur, M. Bean.
Cette équipe unique de spécialistes est à votre disposition moyennant tarifs avantageux.
Joindre businessman D. Dubois au 06.09…
LES LISTES DE DOM
Notre skipper est un maniaque des listes de tâches (NDLR : moi aussi tout comme ma petite Louise, 13 ans : c’est peut-être une caractéristique des scorpions du 6 novembre…). Elles sont inépuisables, sans cesse réactualisées et, surtout, non exclusives de toute idée neuve jaillissant quotidiennement de ce cerveau fertile en rebondissements notamment dans le rayon rangements.
Le problème c’est que son second, dévoué et très fidèle serviteur Nico, est encore plus addict aux “choses-qui-ont-chacune-une-place-et-aux-places-qui-ont-chacune-une-chose”.
Ainsi aujourd’hui, et parce qu’une mouche les avait sans doute piqués, les deux accros de l’ordre ont embarqué leurs troupes dans une journée complète tri de vis, boulons, outils, grey tape etc. avec consignes sur les couvercles… enfin rien à moitié, quoi…
“POISSONAS DE MERDA”
C’est la formule portugaise consacrée lorsque les gaules, tendues comme des arcs, ne remontent rien du tréfonds de l’Océan.
Nous sommes assez révoltés qu’après nous être dévoués à acheter un matériel classe, spécialement adapté aux thons, marlins et autres requins avec hameçons gros comme mon pouce, ces p… d’e… de f… de s… de poiscailles de m… n’aient pas encore manifesté la moindre appétence pour des leurres pourtant tout spécialement conçus à leur intention… ça s’appelle cracher dans la soupe et ça manque de dignité, voire de charité…
VOILIER A L’HORIZON !
C’est tellement rare que le fait mérite une petite mention : notre vigie de 6 h à 9 h, FC a suivi avec le plus grand intérêt l’évolution d’un très joli ketch rouge d’une vingtaine de mètres, toutes voiles gonflées, qui faisait route vers Les Açores.
Nous l’avons croisé à 2-3 miles de distance. En règle générale nous sommes chaque jour complètement seuls au monde sur cet Océan, proprios sans partage.
A LA CARTE DE NICO
MIDI : Entrecôtes portugaises (400 gr chacun), purée aux herbes, salade, fromage et fruits + pain de Christophe
SOIR : Salade de concombres, Sardines, Riz au jasmin thaïlandais avec ses petits légumes, desserts variés.
MESSAGES PERSOS
1 FC à Phil. Goubin : “tu nous as bien fait rire à notre arrivée aux Açores”, ne te bride pas ! Biz à ts.”
2 FC à ses femmes : “Big love and kisses”
3 NM à IdlB : Christophe est aussi un mitron de haute lignée, vous allez vous régaler !
4 NM à Valé : Je prends François en charge demain ; -)
19e chronique de FC
mai 26th, 200918e jour de mer — dimanche 24 mai 2009
2 757 miles parcourus depuis St Martin, 188 miles depuis Les Açores,
1 068 miles pour rallier Lorient
Vitesse : 6-7 noeuds Cap : Nord-Nord-Est Cap vrai, pas magnétique : pour + de détails : joindre Dom Dubois : 06.09…)
Météo : anti-cylone = soleil ; prévision demain : moteur…
Mer : belle avec houle longue de 3 à 4 mètres
Humeur du Capitaine : Cool.
À NOS LECTEURS
Le Petit Cassiopéien vous renouvelle ses excuses pour la grève inopinée qui a malencontreusement interrompu la diffusion de notre programme d’information continue.
Le chef a donné de la voix et tout est très vite rentré dans l’ordre. C’est important un chef, un vrai, à bord d’un esquif.
TOUTE DERNIÈRE MINUTE
“J’suis obligé de te quitter, y’a 2 baleines !” Conversation légèrement surréaliste à 19 h 30 entre Nico et sa douce.
Notre vigie attitrée, Totophe, venait d’apercevoir les panaches d’eau de 2 cétacés à environ 200 mètres de Cassiopéia.
Super-excitant… et frustrant car les mastodontes flottants “roulent” vite et sans émerger, petits coquins.
Ils ont manifestement la même devise qu’Arnaud : “les paparazzis ne m’auront pas !”
LES ACORES : “TOUT LE MONDE DESCEND !”
D’abord le souvenir émouvant d’Anna patronne de la Taverne de Pim : douce, enjouée, chétive à la portugaise, virevoltante, primesautière, chaleureuse, tendre…, bref une femme, une vraie comme nous n’en avions pas fréquenté depuis 16 jours… une éternité… .Anna nous a fait beaucoup de bien et c’était beau et bon chez elle.
Adresse conseillée par Le guide du Cassiopéien (et j’ai son portable à votre disposition…)
Ensuite, il y eut la nuit, plate comme une limande-sole au passage : on n’a toujours pas remonté de poisson…), dans le port de Horta, à couple, en 4e position, avec des Farr 65 anglais, yachts pure course (avec nous à Antigua) : aucune gîte, pas un craquement, pas de masses liquides s’abattant furieusement sur la coque telles des chasses d’eau diarrhéiques, le rêve !
Simple, finalement, comme une place de port.
Réveil sponsorisé par la compagnie Créole, soleil pleins feux et découverte d’un très bel endroit aux faux airs cubains, propret, joliment peinturluré de tons pastel sur fond de rochers volcaniques verdoyants (quand on y réfléchit, c’est super rare les rochers volcaniques verdoyants !). Ambiance bonhomme, sympa. Mais sur Cassiopéia ça joue les fourmis au saut du lit : plein d’eau, de gas-oil (sans une goutte d’essence !), achat d’une courroie et de filtres pour le groupe électrogène réparé par Dom et Christophe et plein de courses : légumes, charcuterie et fruits + un nouvel appareil photo pour Nicolas… (le même…), 4 bouteilles d’un bon rouge local et 2 bouteilles de Ricard (vous voyez qu’on reste raisonnables).
Nous avons juste oublié… le pain et nous sommes donc condamnés à le fabriquer, à nouveau, nous-mêmes. Nico a lancé cet après-midi un 1er atelier pétrin et c’est Christophe qui s’y est collé (dans tous les sens du terme…) le premier, FC est candidat au 2e stage.
Mais l’investissement le plus notable est durable : panoplie complète du petit pêcheur en croisière. Moulinet japonais baraqué super-classe, canne singapourienne, 750 m de gros fil brésilien (pour poissons de 75 kg…), 6 leurres panaméens !
Si avec ça on n’attrape pas enfin un énooooooooooorme thon portugo-groënlandais, je jette mon bréviaire d’écumeur des mers breton par-dessus les filières !
HORTA : OPÉRATION GRANDE LESSIVE DE PRINTEMPS
Spécificité des quais de Horta : ils sont couverts de grandes vignettes multicolores, oeuvres souvenirs des équipages qui ont passé ici de douces heures. C’est naïf, émouvant et rigolo à souhait et si on veut s’offrir la compil on traîne ses guêtres jusqu’aux douches, tout au bout de la marina.
Là réside le repos émollient du guerrier des crêtes.
Une DOUUUUUUCHE, comme à la maison, sans s’accrocher aux murs, sans fermer le robinet au bout de 3 gouttes, une aspersion chaude et sans fin qui vous
redonne le sens de l’odorat, anesthésié par 2 semaines de vie de fennec en vase clos. “Lorsque je me suis rincé, l’eau était noire (NDLR : au sens… propre…) témoigne un certain C. de la B.
Nous avons tous vécu là un grand moment de civilisation. Il nous en faut peu, nous sommes frugaux comme garçons.
Et comme il eût été dommage de remettre de la viande propre dans du textile sale, une 50aine d’oripeaux ont pris le chemin de la machine.
Bref on a remis les compteurs hygiéniques à zéro.
“CAFÉ SPORT”:”LES T-SHIRTS “L” DE “PETER” ÉTAIENT EN NOIR
C’est une institution légendaire du port d’Horta : étape mythique de tous les marins au long cours qui font escale aux Açores, le “Café Sport” qui surplombe la marina de 300 places, a soufflé l’an passé sa 100e bougie.
Une boutique accolée au troquet débite les polos et t-shirts à l’effigie du bar au même rythme que les pintes de bière portugaise voisines.
Et chez les équipiers de Mister Dom, il est une tradition incontournable : LA
photo du team au grand complet arborant un même t-shirt, bras dessus-dessous et croisant le mollet droit (même victime de claquage…) devant le mollet gauche”. Juste avant de larguer les amarres nous décidâmes d’acquérir un trousseau aux couleurs du “café de Peter” avec cachalot blanc sur fond noir logotée dans le dos. Le malheur voulut que nous tombâmes sur une vendeuse godiche (enfin, portugaise…) qui mit 3 plombes à comprendre que nous désirions 5 modèles “L” et un “XL” (pour Nico, évidemment) et non l’inverse ni de taille médium…
Le temps passant, l’urgence se fit impérieusement sentir : 3 bateaux regagnant leurs pénates voulaient retrouver leur coin de quai, Dom, seul à bord, frémissait à
froid… Nous grimpâmes sur Cassiopéia sans nos fameux t-shirts et nous décollâmes du bord prestement… avant de faire, finalement, demi-tour — car
on ne plaisante pas avec la tradition chez Dom
C’est Nico et tous ses bleus, qui s’éjectèrent agilement de notre ketch pour récupérer la précieuse came qui va nous permettre de réaliser le cliché de l’année.
Après ce faux départ, nous mîmes enfin le cap sur Lorient vers 17 h 30, nimbés d’un soleil d’argent-pétant, poussés par un vent de travers de 15 noeuds du meilleur aloi.
CULTURE-ART-SPECTACLE-SORTIES : ENFIN UNE BONNE CHANSON !
Profitant de la présence à bord d’une célébrité du monde du show-biz qui navigue incognito à l’abri de lunettes de mafioso et d’un bob anonyme et néanmoins très parlant : son slogan : “Non les paparazzis ne m’auront pas !”
(cf. précédente chronique), nous avons hérité d’une chanson enfin digne de ce nom, baptisée “La chanson de Cassiopéia” (NDLR : ben oui, quoi, pourquoi faire compliqué quand on peut trouver un titre simple, facilement mémorisable et accessible à tous ?)
À l’occasion de sa sortie, son auteur, Arnaud Gilbert, nous a accordé une interview exclusive :
Le Petit Cassiopéien : “Alors Arnaud, j’veux dire, euh, ça t’a fait méga triper
de composer ce tube avec le clip qui va avec, j’veux dire, euh, ou t’as pas
pris ton panard, j’veux dire, euh, vu k’tu t’es chopé un méga mal de mer, j’veux dire ?”
Arnaud Gilbert, star internationale du show-biz contemplatif contemporain :
“Dans le ciel il y a des étoiles, il m’a suffi d’en décrocher quelques-unes et de les coucher sur le papier avec un bic, de la marque Bic, c’est venu tout seul, je n’ai eu aucun mal à enfanter ce chef-d’œuvre admirable, c’est tout moi, ça, un talent ineffable et tellement profond…”
PC : “Ouais mais Arnaud, j’veux dire, euh, tu permets que j’t’appelle “Arn”?
Arn, donc j’veux dire, euh, t’as vomi ou pas, j’veux dire ?”
AG : “La mer est remplie de milliards de poissons, petits, gros, moyens, qui sont un peu les reflets des étoiles que j’ai décrochées. Un jour Jésus a dit : “laissez venir à moi tous ces poissons, ils se multiplieront et nous pourrons nourrir tous mes amis”
PC : “??? J’veux dire, euh ??? Bon dans tout ça t’as vomi ou t’as pas vomi, j’veux dire euh ? !!!”
AG : “L’homme aspire à l’horizontalité mais, comme le disait St Exupéry, il oublie sa verticalité : il faut écouter respirer l’âme qui est en soi”
PC : “Ah c’est bon ça, j’veux dire, euh, Arn, c’est super, ça te vient tout seul, j’veux dire, euh, ou de temps en temps tu te fais une petite ligne blanche, j’veux dire, Arn, j’veux dire, euh ?”
AG : “Les pétrels qui rasent les crêtes des vagues survolent des dauphins verts et roses, j’en ai vu des centaines l’autre matin, c’est le doigt du Très Haut qui les faisait surfer et réciter des cantiques à la gloire des anges”
PC :”Arn, j’veux dire, euh, j’ai un peu peur que t’aies dépassé la dose, euh, j’veux dire, euh, Arn…”
AG : “Tu crois ?”
PC : “J’en ai peur, euh, j’veux dire. Bon maintenant, entre-nous tu peux me le dire, Arn, t’as vomi ou pas, euh, j’veux dire ?”
AG : “Visez toujours la lune, même si vous la manquez vous atterrirez parmi
les étoiles, disaient, de concert, Oscar Wilde et Philippe Goubin”
PC : “OK, Arn, super, Arn, j’veux dire, euh, ben en fait de concert on va te laisser chanter ta chanson, j’veux dire, euh, sans vomir si tu peux parce qu’on vient de changer la moquette, j’veux dire, euh…”
Interview exclusive de l’artiste réalisée à bord de Cassiopéia le 23 mai
2009.
Le Petit Cassiopéien vous dévoilera l’œuvre dans l’une de ses prochaines éditions.
LE SPI EN CHAUSSETTE
En ce dimanche… dominical, une brume de chaleur emplit peu à peu l’horizon de vapeurs éthérées.
“Dom, t’emmerde pas, on va l’envoyer comme ça !” lance FM au skipper couché sur le pont sous un amas de toile.
“Non, finis ta chaussette ici !” réplique sans façon le capitaine de Cassiopéia.
Il s’agit là d’une très grosse chaussette à très grandes mailles (mais pas bleues comme celles des slips de Nico), une chaussette blanche de spi.
C’est beau une chaussette de spi qui se remplit à la verticale comme une capote géante… ça aussi ça fait rêver…
Il y avait un trou au bout de la chaussette, Dom et Nico l’ont reprisée avec une durite, du fil et le fameux “grey tape” et roule ma poule, envoyez le spi au signal du capitaine, la voile-ballon se gonfle… d’aise.
À L’HEURE CASSIOPEENNE
Samedi au coucher du soleil, comme si de rien n’était, notre capitaine nous a annoncé que depuis 5-6 heures déjà… nous avions perdu une heure… Nous sommes donc dorénavant à seulement H + 2 de Nantes. On se sent de plus en plus proches de vous !
ALORS, C’EST POUR QUAND ??? !!!
“On ne connaît ni le jour ni l’heure” lit-on dans les saintes écritures. Avec notre skipper, seul maître juste après Dieu je le re-re-re-re-rappelle, c’est un peu pareil : il ne s’avance ABSOLUMENT pas (pour l’instant le bateau ne recule pas, c’est déjà ça) : les vents, courants et aléas nautiques détermineront notre heure H lorientaise.
Je comprends que ça vous fasse une belle jambe et qu’en termes de planification on peut faire mieux, mais les voies maritimes, comme celles du Seigneur, sont bien impénétrables, y compris pour le bras droit de Dieu lui-même, mister Dom.
AU MENU DE NICO
MIDI : Salade aux croûtons, pizza du chef au jambon NDLR : super-bonne, les filles ! nettement meilleure que zap-pizza et autres pizza-hut, fruits
SOIR : Pamplemousse au thon, spaghettis au saumon, crème dessert, le tout arrosé d’un rosé “Mateus” portugais.
LES PHRASES DU JOUR
1 François Moli rappelant un souvenir de course Pornic-Baiona et cette saillie mémorable d’Hugo Delaunay à propos de la première femme croisée après 4 jours de mer : “celle-là j’la baiserais mal mais j’la baiserais bien…” (Do si tu nous lis…)
2 Christophe cible d’un photographe du bord : “gaspille pas de la pelloche, moi j’suis pas photogénique, j’suis transgénique…”
3 Re-Totophe Titillé par François C : “ah il me fatigue le jésus !”
4 Re-re-Christophe : “quand je mange une banane sur mon bateau, je l’ouvre, je mets du sucre au bout et je l’écrase comme un bébé”
FC : “t’écrases les bébés ??….”
Christophe : “non j’fais comme les bananes pour bébés, une banane en culotte
de velours…”
5 Re-re-re Totophe :”là-bas y’a avait plein de vreuils !”
FC : “??? de quoi ???”
Totophe : “ben des vreuils, quoi, tu connais pas ??!! Des remous quoi…”
(NDLR : apparemment patois vendéen, décidément inépuisable…)
6 Nico à François C. affalé à l’arrière du cockpit : ” fais gaffe, François, tu vas te faire un claquage de babouches…” (NDLR : cf. FC victime d’un claquage au mollet juste avant le départ)
7 F.Moli à Arnaud : “T’as fait tireur d’élite pendant ton service ? ! En haut des immeubles ??….”
MESSAGES PERSONNELS
1 Arnaud : “N’oublie pas de me dire si François est bien arrivé à Stuttgart, gros bisous !!!”
2 Christophe : “J’arrive en malaxant une miche” (NDLR : tout un programme)
3 François M. : “Rien de spécial…” (NDLR : c’est par timidité)
4 Nico : “Bon courage aux travailleurs pour la semaine qui arrive, nous, tout va bien”
5 Dom à Isa : “tu peux dire à Hervé qu’il ramène la Jag à la maison pour
Philippe Goubin qui va me déposer la voiture à Lorient”
6 François C. à ses femmes : “ai été super heureux de vous avoir entendues ou lues, vie toujours cool, même pas de dispute ou de rixe avec coups de couteaux… enfin pas l’ombre d’un fait-divers à se mettre sous la dent… Gros gros ti-bisous !”
MESSAGE COLLECTIF
Nous préférerions tailler la route, pour l’instant c’est tranquilou et ça rime avec chouchou. La vie est donc plutôt belle et l’harmonie très plaisante.
Nous pourrions saturer (toujours les mêmes têtes en vis à vis…), ben même pas !
Gros BIZOUS !!
12e chronique de FC
mai 26th, 200912e jour de mer -Lundi 18 mai 2009
T°Air : 16 à 18 t° Eau : 17
Météo : Splendide Mer : belle
Vitesse moyenne : 6 nœuds Cap : 50° Est-Nord-Est, puis 110.
Humeur du capitaine : Bonne ce matin, variable cet après-midi cf. soucis de bricolage, très bonne ce soir à partir de l’apéro
FAITS-DIVERS : NUIT TORRIDE, NUIT HUMIDE
3 h 30 ce matin, une injonction :”debout les gars, réveillez-vous, la trinquette est à l’eau !”
L’homme qui parle à l’autorité naturelle d’un chef, 2 de ses p’tits gars (Nico et Totophe) ont jailli de leurs couchettes gaillardement pour rejoindre l’homme de quart (Moli) : 1/4 d’heure pour récupérer une voile qui commençait à se faire la malle dans la baille, en douce, because amarrage légèrement déficient dans le gros temps. 60 m² sur le pont, c’est mieux que dans l’eau pour la vitesse du bateau…
DERNIÈRE MINUTE : A L’ASSAUT DES ACORES
Le principe de précaution l’a emporté sur le purisme : nous ne pourrons pas nous targuer d’avoir réalisé une transat sans escale et (nous l’espérons) sans assistance : de (presque) bon matin Dom nous a fait part de son intention de rallier Les Açores vraisemblablement vendredi pour y opérer un plein de gas-oil, changer la courroie du groupe électrogène chargeur de batterie et rehausser le niveau de notre matériel de pêche et de nos crudités (au passage : avons aperçu un dauphin apparemment intéressé par notre leurre à l’heure du déjeuner, furtif car a vite flairé l’embrouille). La manip nous prendra 1 à 2 jours maxi et devrait nous faire gagner 2 à 3 jours : Gain : 1 jour mais surtout l’assurance d’arriver à l’heure à Lorient, de ne pas flirter avec la panne de diesel en cas de calmasse prolongée dans l’anticyclone des Açores et de garantir notre autonomie en eau douce (cf. désalinisateur).
Le comité d’entreprise et les syndicats, inexistants à bord, n’ont pas délibéré, ce qui a accéléré une prise de décision de chef-qui-ne-cherche-pas-midi-à-quatorze-heures. L’équipage se félicite du dialogue social sur Cassiopéia et de la découverte de l’île portugaise de Faial (port d’Horta, point de départ de la plupart des navires attaquant une transat dans le sens de la descente).
Émotion prévisible pour notre skipper qui découvrit Les Açores il y a 33 ans sur un Swan 38,”Delnic”, dans le cadre de la course Lorient-Les Açores-Lorient. C’est à l’occasion de cette compétition, à l’âge de 16 ans, que le petit Pitaine fit la connaissance des Swan et jura qu’il y reviendrait un jour : chose auto-promise, promesse tenue.
Le Swan 65 de Dom (65 comme 65 pieds, un pied = 30,48 cm soit 19 mètres 64) est le 14e de la série sur 41, une production finlandaise. Le patron est peut-être le seul possesseur en France de ce modèle, ce qui lui assure un succès durable (au patron…)
LA FOIRE AU BRICOLAGE : CHEZ CASSIOPEIA, Y’A TOUT C’QUI VA
Le soleil ayant eu la bonne idée de faire son retour après 3 jours de fugue et la mer ayant calmé ses ardeurs, l’idée d’une grande journée bricolage fut adoptée à l’unanimité. Première “victime”: le winch de la drisse de Yankee, sauteur et donc pas fiable… Démontage : 3 boulons de fixation sur 5 brisés ont été remplacés et un axe a été remis en place. À chaque fois que les Cassiopéens démontent du cassé ils finissent toujours par le remonter et ça finit toujours par remarcher… trop forts…
2e opération : l’envoi du voltigeur de service François Moli jusqu’à la
2e barre de flèches (NDLR : une flèche à la rencontre d’une autre flèche, sublime instant…) pour réinstaller la drisse de trinquette claquée puis retapée ; vol parfaitement réussi, le p’tit commence à avoir l’habitude de l’altitude (une 20aine de mètres), il ne vomit même plus !
3e tâche : un atelier couture, matin et après-midi : cuir, voile… avec mention spéciale pour Arnaud qui a recousu une trinquette pour la première fois de sa vie :”même pas mal”, les Pénélopes seront certainement ravies de découvrir de nouveaux talents peut-être insoupçonnés.
Et comme dans tous les albums d’Astérix, la journée se termina par un reconstituant viril.
À ce propos, le chef nous a régalés ce lundi avec :
GASTRONOMIE : A LA CARTE DE CASSIOPEIA
MIDI : Cassoulet toulousain et salade multifruits-frais (ananas, bananes, pamplemousses, oranges)
SOIR : Quiche au saumon (pâte sablée maison) et tarte aux fruits
ENQUÊTE EXCLUSIVE A MI-PARCOURS : “A BORD DE CASSIOPEIA POUR LE MEILLEUR ET LE POUR LE PIRE”
Au terme de 12 jours de mer strictement transatlantiques et à l’issue de plus de 2 semaines de cohabitation, les 6 Cassiopéens ont déjà accumulé un paquet de souvenirs, la rédaction leur a tendu son micro-salé.
1 SKIPPER DOM
Les meilleurs souvenirs :
Le passage du pont-levant au départ de St Martin, avec l’au revoir sympa des habitants de l’île
Le long bord de spi + voile d’étais, une première depuis l’achat du bateau Cassiopéia glissant sur l’eau de façon surréaliste après le renvoi du yankee, superbe petite brise sur mer plate
La prise de la daurade : excitation intense
Les apéros
-Les moins bons moments
2 nuits de galère, grises sinon blanches,”sur le pont” dans tous les sens du terme, cf. météo infernale
La drisse de trinquette cassée et, d’une façon générale,”tout ce qui casse”
Les mers croisées façon champs de mines
Les réveils pâteux
2 ARNAUD
-Le meilleur :
La traversée des Caraïbes : d’Antigua jusqu’à 2 ou 3 jours après St Martin
Très bonne ambiance à bord
Naviguer sur un 20 mètres
-Le moins bon
Pluie dans la cabine, sommeil en miettes
3 Christophe
-Le meilleur : faire une traversée avec de bons marins-amis sympas
-Le moins bon :”Il pleut dans ma couchette” (NDLR :”maman, j’a mouillé mon pyjama marron)
4 Nico
-Le top : barbecue de l’arrivée à Antigua, l’apéro-daurade, la barre avant-hier matin
-Le moins bon : la pétole d’avant-hier
5 F.MOLI
-Le meilleur :”c’est comme je l’imaginais : pas 2 jours pareils”
-Le pire :”la difficulté de gérer le sommeil qui arrive quand il ne faut pas et qu’on n’a pas quand on en voudrait”
6 FC
-Le meilleur : Les “50 èmes rugissants”la pointe à 50 nœuds de vent dans la tempête - mais aussi les 9 nœuds en pleine nuit, seul sur le pont, sous la lune, longue houle avec voile d’étais + les fous-rires de Christophe (j’suis en train de faire pipi dans ma culotte !….”)
les apéros + l’ambiance générale
-Le moins bon : les séquences M. Bean : l’essence versée dans le réservoir à gas-oil, la douzaine d’œufs écrasée par des litres de lait au supermarket de St Martin, le bout jeté à l’eau et j’en passe et des pires…
MESSAGES PERSONNELS
-FC à GRég : “Salut Grég ! Il paraît que tu veux faire “journaliste électrique”. C’est peut-être un bon créneau mais passe d’abord ton BEP Électricité. Ca t’évitera de jouer les “Clo-Clo”, ça vous fusille une carrière… Merci pour ton assiduité à la lecture du Petit Cassiopéien.
-FC à ses femmes : je vous AIME !
MESSAGE COLLECTIF
Nous avons donc franchi le cap de la mi-temps, qui nous rapproche de vous, ça s’est passé à minuit !
Soyez heureuses à terre comme nous le sommes en mer et prenez soin de vous !
Gros bisous !!!
11e chronique de FC
mai 26th, 200911e Jour de Mer — dimanche 17 mai 2009
T° de l’eau : 17-18° — T° de l’air : 18-20°
Météo : ciel couvert entrecoupé d’éclaircies pour la première fois depuis 2
jours)
INTERVIEW EXCLUSIVE : LE SKIPPER, QUASI MUET, PASSE ENFIN A TABLE ET C’EST DU
LOURD, QUI COLLE BIEN !
M. Dominique Dubois, armateur-skipper-baroudeur du Cassiopéia, natif de Morlaix, est plutôt de la race des “taiseux”.
En ce dimanche, à l’heure de l’office, le grand homme au temps précieux et à la parole rarissime, a accepté de sortir de son silence et de ses gonds, en exclusivité pour le Petit Cassiopéien. L’entretien s’est déroulé dans un climat cordial, en toute simplicité à bord du Swan de 1975. L’homme d’affaires était quasi nu sur des peaux de bêtes, l’œil brun reptilien caché par des paupières limite sournoises (NDLR : tout ça parce que Monsieur ne porte jamais de lunettes de soleil qui pourraient laisser des marques sur son bronzage… pfff…)
Le Petit Cassiopéien : Pourquoi accepter enfin de passer à table ?
DD : Parce que je n’avais pas mieux à faire ce matin et que le dimanche c’est traditionnellement mon jour de B.A ; j’ajoute que depuis le temps que vous me broutez les c… je sentais bien qu’il fallait que je passe à la casserole pour que vous me lâchiez la grappe.
PC : C’est trop d’honneur votre honneur. Entrons tout de suite si vous le voulez bien et même si vous ne le voulez pas dans le vif du sujet : l’une de vos bottes fuit ?
DD : C’est vrai, la droite et en plus je suis droitier, c’est l’un de mes gros soucis mais j’ai bon espoir de colmater la brèche d’ici à mon arrivée triomphale à Lorient.
PC : Je préfère vous avertir tout de suite : à partir de maintenant on ne va plus se marrer ; je pose des questions précises, investigatrices, sérieuses et carrées et je veux le même traitement en retour. Me suis-je bien fait comprendre ?
DD : Ouais alors t’accouches bonhomme ?
PC : Eh là pas de pression sur la presse, j’ai le Coulon mais aussi… le bras long, j’en ai maté d’autres… Bon première question qui va faire mal :”où en sommes-nous ?” Tiens prends-ça dans tes gencives ! J’l’avais prévenu…)
DD : Lundi nous serons à mi-parcours, si Dieu le veut…
PC : Attention à ce que vous dites, je vous rappelle que nous sommes sur un bateau laïc !
DD :..nous aurons 178O miles dans les guiboles…
PC : que vous avez fines et galbées sa seigneurie… Au fait pour mon augmentation ?
DD : Au fait les chiottes de votre cabine n’ont pas été nettoyées depuis combien de temps ?
PC : (Il est vraiment trop trop fort… je l’aurai, un jour je l’aurai…)
DD : Nous nous trouvons à égale distance entre Les Bermudes, Les Açores et Terre-Neuve. La terre la plus proche est l’île de Flores à 680 miles.
PC : Puisque vous avez décidé d’être rasoir, je sors une 2e lame :”quelle route avons-nous suivi jusqu’à maintenant ?”
DD : Je rêve ou vous êtes indiscret ? Plein Nord jusqu’au large des Bermudes où nous avons mis notre clignotant à droite au premier carrefour avant de faire de l’Est-Nord-Est puis du Nord-Est. Depuis deux jours nous zig-zaguons entre les grains.
PC : En fait de grain… Revenons à nos moutons -NDLR : c’est quand la mer écume… humour…- Vous semblez avoir des difficultés à y voir clair avecla météo, m’abusé-je ? Me trompé-je ? Ou êtes-vous réellement dans les choux, à côté de vos pompes papi ?
DD : (Y m’cherche le plumitif ou quoi ? !) Depuis 2 jours nous subissons un régime perturbé par des grains. Hier nous étions au Nord de l’œil d’une belle dépression de 6-700 miles de diamètre (NDLR : plus que la surface de la France, j’vous raconte pas l’travail, nos ordres de grandeur ça jette !)
PC : (Attention mon p’tit gars, là j’te piège) — arborant un air dégagé :”et vous estimez que ça va durer combien de temps ?
DD : Si vous voulez aller par là…
PC : un peu qu’je veux mon n’veu
DD : Dans quelques jours, je l’ai lu dans ma boule de cristal, nous serons sortis de l’œil dépressionnaire avec orages à répétition, pannes de vent et houle dans tous les sens. Le problème c’est que les vents nous sont, de surcroît, peu favorables : nous ne sommes pas poussés, on marche au près à 50 degrés du vent (NDLR : et on marche sur les cloisons…)
PC : Comment consultez-vous la météo ? (là ça va le scotcher : on fait moins son malin là, p’tit gars hein ! ?)
DD : On va sur internet pour y chercher un fichier nommé “Chopper”, couplé avec le logiciel de navigation du bateau, ce qui nous permet d’obtenir des calculs de routes optimales. C’est plutôt fiable sauf que ça ne prévoit pas les orages…
PC : (Cette fois-ci je l’achève avec la question à deux balles qui tue, y va pas s’en relever…) “Açores où Açores pas ?”
DD : (ça parle même plus l’français ces journaleux d’mes deux…) “Votre question est extrêmement pertinente jeune homme. En tant que seul Dieu après Dieu à bord je ferai mon choix lundi soir de façon toute discrétionnaire. Ici, comme disait jadis Louis XIV :”Le roi c’est moi !”
PC : Mais encore votre altesse ? (NDLR : comment j’me fous de sa g…)
DD : Si JE décide Lundi soir de mettre le cap sur les Açores, JE les atteindrai en 3 jours. Ensuite JE compte 8 jours pour rallier Lorient. Les Açores nous feraient perdre un jour ou deux par rapport à la route directe mais nous permettraient de gagner 2 à 3 jours et surtout de ne pas courir le risque d’épuiser toutes nos ressources de gas-oil si nous affrontons des calmes prolongés dans le Golfe de Gascogne.
PC : Soyons précis je vous prie - y m’prend pour une m… ou quoi ?- “La halte aux Açores risque de s’imposer pour quelles raisons PRÉCISES ? - on m’la fait pas à moi…-
DD : (Ce mec commence vraiment à me casser les b…) Au départ d’Antigua nous disposions d’une autonomie de 100 heures de marche au moteur. Alors que nous avons réalisé 45 % de la route nous avons déjà consommé 55 % de nos ressources en diesel. Il ne nous reste plus que 48 h de fonctionnement moteur non-stop. Ce n’est pas un problème en soi mais comme nous désirons arriver à l’heure et que se dresse devant nous la classique bande anticyclonique des Açores -400 miles de calmes à traverser - “gouverner c’est prévoir”, si l’on veut assurer l’heure d’arrivée on stoppe aux Açores.
Deuxième avantage du plein de gas-oil : assurer le fonctionnement à plein régime du groupe électrogène qui recharge les batteries du bord, elles-mêmes alimentant le désalinisateur (NDLR : qui produit 60 litres d’eau douce à l’heure à partir d’eau de mer), le circuit froid des réfrigérateurs, les commandes de l’enrouleur de génois, les winchs électriques et l’AIS, le système-radar anti-collision extrêmement précieux, la sécurité étant pour moi la priorité des priorités des priorités.
PC : Et en plus votre équipage ne pourra pas profiter de cette escale pour se baigner à côté (voire plus) de femmes aguichantes aux seins nus ?
DD : c’est effectivement un avantage supplémentaire, chacun sachant que je déteste les bains de mer aux escales et qu’il est hautement conseillé à mes matelots d’avoir ce même bon goût.
PC : (j’vais lui couper sa chique) :”Date prévisible d’arrivée ?”
DD : Toujours le 28 mai vers 17 h 35 ou le 29 aux alentours de 6 heures du matin. Nous marchons actuellement à une moyenne légèrement inférieure à 7 nœuds (NDLR : la rédaction informe une dernière fois son public chéri qu’un nœud n’est pas un nœud comme ne l’aurait pas dit M. de La Palice ; un nœud c’est un mile à l’heure, soit 1852 mètres par heure. Faites un nœud à votre mouchoir pour vous en souvenir, je n’y reviendrai plus).
PC : (Ce p’tit revers de volée tu vas pas l’voir arriver) :”Que craignez-vous le plus actuellement ?”
DD : Par tempérament je ne crains jamais rien, sauf les fuites dans les bottes qui mouillent les doigts de pied et répandent une odeur nauséabonde dans ma cabine de nabab. Le bateau étale bien, JE voudrais retrouver l’usage de MA trinquette, MA petite voile tout-temps. J’attends un peu de calme pour que l’un de MES sous-fifres — un certain “Spaghetti” ou “Ramolli” je crois… non “Molinari”, c’est ça, excusez, avec l’âge, on s’y perd dans tous ces “i”- regrimpe dans la mâture pour repasser la drisse qui a cassé.
PC : Qu’est ce qu’on dit ?
DD : Merci
PC : Merci qui ?
DD : Merci Gros C…
PC : Mais tout le plaisir était pour moi, fiente de mouette.
Propos auto-satisfaits recueillis en exclusivité par notre envoyé spécial à bord de Cassiopéia,
François Cassiopée.
LE CHEF NOUS A PROPOSE AUJOURD’HUI
MIDI : Morue à la créole, accompagnée de son riz et d’un coulis à l’ananas et à la crème de noix de coco (NDLR : c’est tout ça qui fait la différence entre un cuisinier et un faiseur de bouffe) + crèmes dessert chocolatées
SOIR : Omelette jardinière aux carottes et pommes de terre sautées + salade de mandarine et pina colada du dimanche
OUAH VISE UN PEU LES MICHES !!!
En ce jour du Seigneur Nico le cuistot a réalisé de magnifiques miches de pain de formes effectivement très suggestives ce qui a surpris son entourage proche. On ne connaissait pas, à ce monsieur très comme il faut, surtout le dimanche, un tel talent érotico-culinaire.”J’avoue que j’ai pris énormément de plaisir à pétrir ces miches, à les malaxer, c’était une première pour moi et ce n’est certainement pas la dernière !” nous a confié, en substance, le maître queux.La recette du succès ? “De la farine de blé, de la levure, de l’eau tiède, du sel” (un peu juste sur la salière de l’avis du Petit Cassiopéien et de l’auteur lui-même) et beaucoup de travail de pétrissage. L’équipage, un peu en manque, s’est rué sur la première miche et l’a rompue avidement. Un délice. Dieu n’a pas créé les miches pour rien, c’est moi qui vous l’dis.
CHANGEMENT D’HEURE : ON N’ARRÊTE PAS LE CHANGEMENT !
Dieu a fait le Ciel et la Terre, le Jour et la Nuit. Dominique Dubois, lui, change d’heure comme de chemises, voire plus, son stock textile s’amenuisant. L’armateur, pris d’une envie subite de changement à l’heure du déjeuner, nous a intimé l’ordre à tous de faire tourner nos tocantes. A 13 h 31 il a donc été 14 h 31, soit un décalage de + 4 heures vis à vis de Nantes. Content de son œuvre le chef s’est ensuite barré pour barrer à la barre sans coup de barre. (NDLR : si ces changements d’heure nous font perdre à chaque fois un peu de sommeil… comme si on en avait besoin… ils sont le signe que nous progressons de belle manière et que nous avalons les fuseaux horaires comme les belles miches : avec gourmandise…)
FAITS-DIVERS : LE CHEF CACHAIT 30 LITRES D’EAU SOUS SON LIT !
En ce dimanche dominical, Christophe de la Brosse, ostréiculteur vendéen en vadrouille sur l’Atlantique-Nord, a opéré une curieuse découverte : son skipper, étendu dans sa cabine de maître, semblait abîmé en prières, face contre terre, ou plutôt contre mer, façon mi-coranique, mi-autruchienne. La surprise passée, notre bois-cénéen s’en alla requérir le coup de main de son acolyte de cabine, Arnaud Gilbert, un Nantais de très bonne facture et de forte corpulence. Tous deux ainsi que l’armateur entamèrent un travail fastidieux de shadocks, pompant une masse liquide d’un fort joli gabarit, de couleur ambrée, le teck ayant été sévèrement attaqué par l’eau. Était-elle salée, sucrée, douce, amère, douce-amère ? Personne ne s’est, ma foi, risqué à la déguster. D’où venait-elle ? Arnaud Gilbert est sans ambages :”Il s’agit d’eau d’infiltration, de mer et de pluie mêlées, tout ce qui tombe du ciel ou vient de l’océan n’est pas béni…”Il a fallu une bonne heure d’écopage au trio pour venir à bout de cette fuite mystérieuse qui faisait “flic-floc” toutes les nuits sous les fesses (et le reste) de not’bon maître, perturbant vraisemblablement son sommeil déjà haché et participant peut-être de cette difficulté singulière à émerger du royaume des songes.
“Les gens croivent qu’on est là pour se prélasser, 1 mois à buller sur un yacht de rêve, mais y’a toujours du travail à faire à bord d’un navire, moi j’tel’dis” a conclu M. de la Brosse, éprouvé par cette nouvelle mission en eaux troubles.
FEUX VERTS
Elles ont fait leur apparition hier soir vers 22 h : des gerbes luminescentes vertes, micros luminaires jaillissant des gerbes d’eau véhiculées par Cassiopéia. Ce plancton phosphorescent apporte une touche de magie aux quarts de nuit. On dirait Noël…
MESSAGES PERSONNELS
Arnaud :”Merci François d’être venu quelques jours à la maison, gros bisous à la maisonnée”
Christophe :”A tous ceux qui me reconnaissent (NDLR : et ils sont nombreux) gros bisous”
FC :”Bravo et merci bibou pour la pelouse, que va-t-il me rester pour t’être indispensable ??!! I love you hardly, plein de soubis aux 3 autres femmes de ma vie”
-FM à Greg :”je suis au courant que tu bricoles, c’est super. Arrête juste de mettre tes doigts dans toutes les prises”
-Nico :”c’est le dimanche soir veille du lundi que je mesure la chance que nous avons. Merci à ceux qui sont restés et bon courage !”
MESSAGE COLLECTIF
Temps pas dément mais bon pied bon œil permanents-stop-vous envoyons une brassée de sentiments cordiaux, amicaux, amoureux et plus pour certaines-stop-plein de bisous !!!
10e chronique de FC
mai 26th, 2009jeudi 14 mai, 8e jour de mer — T° de l’eau : 19°, de l’air : 20° contre 27 hier
DERNIÈRE MINUTE : ORAGE, O DÉSESPOIR
Un bel orage de printemps a illuminé notre Swan et notre dîner comme un car de touristes Japonais.
Une vraie pluie de mec nous est tombée sur le paletot sans crier gare mais sans nous couper l’appétit rosette à la lyonnaise, baked beans (haricots rouges sucrés à l’américaine… une vieille recette des states), kiri et ananas de St Martin.
Et obligation de couper le téléphone satellite pour ne pas risquer de le cramer.
C’est plus morose que rose. Tonnerre et éclairs sont repartis sur la pointe des pieds, comme le vent qui fait un peu défaut. On a connu mieux.”Mais ça pourrait être pire” comme dirait Christophe qui semble un peu débranché ces temps-ci. Manque de soleil et d’huîtres peut-être.
La rédaction consacrera un prochain dossier à la météo et à notre parcours.
En deux mots : nous suivons notre petit bonhomme de chemin en dépit d’une baisse de régime moteur (vent entre 3,62 nœuds et 17,43 nœuds ce jour, nous sommes loin de nos records).
SORTIR
INTERVIEW EXCLUSIVE DU CHEF-CUISTOT :”MON PLAISIR : CONDUIRE MES CONVIVES À L’EXTASE”
Nicolas Monomakhoff, 48 ans, est le chef-cuistot du Cassiopeia.
“Tout petit déjà…”Le génie n’attendant pas le nombre des années, dès l’âge de 5 ans le petit Nicolas cuisine avec sa grand-mère.
Son premier plat : des sablés de Caen à l’orange (avec plein de beurre comme Dom adoooore).
Il est célèbre pour son rôti de porc au court-bouillon de lait, sa frisée à la mayonnaise, son bœuf bourguignon, son pot-au-feu à la Mono etc.…
Depuis 8 jours Nico enchante nos papilles et palais.
François Cassiopée : Vous êtes le cuistot du bord, qu’est-ce qu’une éminence comme vous est-elle venue faire dans cette galère ?
Nicolas Monomakhoff : J’avais une grosse baisse de taf au boulot, là c’était plutôt bien payé, je n’ai écouté que mon grand cœur…
FC : C’est la générosité qui vous donne envie de palper, patichonner, malaxer, rouler dans la farine ?
NM : On peut le dire, oui. J’aime apporter jouissance et réconfort moral dans l’adversité à mon public chéri. Car, comme disait Platon :”ventre affamé n’a point d’oreilles”. J’ajoute que je travaille de plus en plus à l’intuition en véritable artiste des fourneaux (qui, au passage, sont ici des plus sommaires : une cuisinière à gaz et un four poussif sur cardan, mais je ne voudrais pas me mettre mal avec mon employeur qui ne méprise pas mon travail, bien au contraire)
FC : Redevenons sérieux une minute si vous le pouvez. Nicolas Monomakhoff de quelle préparation culinaire hautement gastronomique êtes-vous le plus fier depuis le début de cette transat ?
NM : Sans conteste la daurade coryphène que je n’avais jamais travaillée auparavant, surtout si fraîche, directement du producteur au consommateur et que j’ai su magnifiquement décliner avec tellement de talent que je m’en étonne moi-même parfois.
Première version : 4 filets de 500 gr chacun, sans la moindre arête, sur un lit de tomates, oignons, céleris découpés en julienne, mouillés de citron et d’un Sauvignon chilien “Concha y Toro” 2008.
Pour mon équipage, ce fut pratiquement orgasmique, je n’ai pas honte de le dire -je suis fan
des BD de Lauzier et Manara- ils sont restés béats comme des ravis de la crèche pendant près de deux heures.
J’aurais pu faire réchauffer cette succulence le lendemain (s’il y avait des restes, ce qui est rarement le cas), mais je ne me repose jamais sur mes lauriers qui pourraient flétrir (c’est déconseillé pour les sauces).
Aussi ai-je fait mariner en toute créativité et simplicité le 4e filet dans du jus de citron, de l’huile d’olive, des fines herbes et du gros sel.
Dégusté en petits cubes avec un Ricard (deux pour Christophe) à l’heure de l’apéro, ce fut un instant d’extase que même le Kama-sutra n’a pas su décrire.
FC : Balayons si vous le voulez bien vos autres chefs-d’œuvre “on the sea” et d’abord mon préféré, le fameux marbré à la cannelle, rien que d’y penser je b…
NM : Il a été réalisé dans des conditions acrobatiques dans lesquelles toutes mes ressources d’ingénieur -et Dieu sait qu’elles sont grandes !- ont été mises à profit. J’ai dû le cuire dans un moule trop grand (un peu comme mes slips de St Martin à grosses mailles bleues), incliné à 14,7° par un cendrier en céramique de façon à ce que l’épaisseur du gâteau soit optimale et son moelleux parfait, je n’ai pas peur de le dire. Ce fut le 7e ciel pour mes coéquipiers.
Heureusement qu’il n’y avait pas de femmes à bord, elles se seraient certainement griffé les seins…
FC : Vous nous avez aussi régalés avec vos fameux rolls mexicains, accepteriez-vous de nous en confier, en exclusivité, la recette ô grand Maître ?
NM : C’est bien parce que c’est vous ; je ne le fais jamais d’habitude, mais vous me semblez bien sympathique et gourmand, sinon gourmet.
Garniture mexicano pour Rolls à la Mono :
1 gros oignon
1 poivron
1 concombre
1 kg tomates en dés
Sel
Piment (mexicain) en poudre
Miel
Cilantro ou aneth
6 crêpes à Rolls (Fajitas ?)
Mettre de l’huile au fond de la cocotte. Y mettre à colorer 5-10 minutes l’oignon et le poivron, coupés en lamelles très fines.
Ajouter les tomates en dés, le concombre coupé en petits cubes, 3 cuillers de miel, le piment en poudre, le sel et laisser mijoter 20-30 minutes.
(on peut aussi ajouter une demi-boite de maïs, des olives noires…).
Quelques minutes avant de servir, rajouter les herbes fraîches (cilantro, ou aneth).
Servir dans des crêpes à rolls (fajitas ?).
FC : Et la petite soupe à queues d’oignons ?
NM : C’est un souvenir d’enfance revisité… (grand moment d’émotion)
Soupe aux queues d’oignons
Une dizaine de petits oignons frais avec leur queue
50 g de beurre
Sel poivre
2 vaches qui rient
Couper les oignons en tronçons d’un cm
Mettre le beurre à chauffer dans la casserole. Quand il mousse, y mettre les
oignons coupés, saler, poivrer (pas mal). Mettre l’eau, faire bouillir.
Rajouter les vaches qui rient, remuer, c’est prêt.
FC : Un dernier mot pour conclure ?
NM : A table, le 4 avril aux raisins est cuit !
FC : Miam miam !!!
(NDLR : et voilà comment ce qui devait être un régime minceur risque de
tourner vinaigre…)
VAGUE A L’AME — L’ÂME DES VAGUES
“Eh les p’tits gars, vous ne vous lasseriez pas passablement d’un paysage légèrement monolithique ?” Nous goûtons votre raillerie jalouse avec hauteur et, rassurez-vous, mansuétude.
Nicolas, qui a consacré de roboratifs travaux à ce sujet, le certifie mordicus :”nous allons croiser environ cent vingt-douze mille milliards 127 vagues d’ici à Lorient. (On ne va pas le contredire, surtout pas moi, je risquerais d’être privé de rab de marbré à la cannelle ; et je veux bien souffrir de beaucoup de choses mais pas de ça…)
Non nous ne jouons pas les blasés avec ces monts et ces vaux aquatiques qui sont, en fait, comme les Chinois : de loin on a l’impression qu’ils sont tous identiques, mais de près on réalise que chacun est réellement singulier. Pour les vagues c’est pareil. En bleu.
Platon le disait déjà :”Voguent les vagues sous les navires qui vagissent sous l’ondée du matin. Elles n’arrêtent pas le marin, elles le mouillent”
COCASSERIE
Il était 23 h 42 quand FC, 50 ans, qui a requis le plus strict anonymat, a cru voir un bateau en flammes sur tribord au moment de son quart. Le rhum des bananes flambées était pourtant digéré depuis belle lurette… Il alerta fébrilement son skipper, par bonheur pas encore endormi, qui se gaussa tout son saoul : ce n’était que le rayon époustouflant d’une lune rousse montante, à rase… flot déchirant un ciel d’encre. Heureusement que le ridicule ne tue pas…
PETITES ANNONCES
Équipier partagerait bannette avec équipière. Je ne suis pas regardant du moment qu’il s’agit BIEN d’une FILLE et qu’elle ne sent pas des pieds.
Équipier échange slip non lavé contre t-shirt moins sale
Équipier spécialiste de la pêche échange lignes état quasi neuf contre quelques lignes de lecture ou MP3 même usagé et même chargé uniquement de chansons de Nana Mouskouri ou Mireille Mathieu…
Équipier morfale échangerait tout type de denrées alimentaires contre les œuvres complètes de Platon
COURRIER DES LECTEURS
Mme VC, rue de la chasse d’eau à Nantes :”Pourquoi utiliser un satellite pour raconter autant de bêtises ? Si ça continue je vais me désabonner !”
Mme SM, rue des échanges en tous genres, 44.000 Nantes, Terre :”C’est pour dire à mon mari, le petit François M., de bien mettre son cache-col, il est un peu fragile des bronches… »
L’EXPRESSION DU JOUR… OU PLUTÔT DE LA NUIT
FC à Totophe :”C’est un bateau là ?”
Totophe :”Non c’est une étoile parce que l’horizon est à ras de l’eau, là”
INFORMATION PRATIQUE
Nous sommes un peu désolés de faire partager au cercle élargi de diffusion de cette chronique une intimité parfois un peu brute de décoffrage. En espérant qu’il ne nous en tiendra pas rigueur.
Qu’il sache en tout cas qu’il n’y a pas d’erreur de routage.
Je suis obligé de vous quitter au profit d’une paëlla avantageuse et d’un quatre-quarts maison (on ne pense pas qu’à ça… mais pas mal quand même).
On pense aussi très très fort à vous tous, merci de partager notre épopée.
BIZ BIZ !!!
9e chronique de FC
mai 26th, 2009DERNIÈRE MINUTE
LA PLUIE S’INVITE SUR LA TRANSAT
Pernicieux, brutal, mal élevé, effronté, sombre projection, le grain est tombé sur Cassiopeia à 16 h 42. Après un début de journée de rêve ce n’est pas le cauchemar, plutôt la soupe à la grimace avec son corollaire en eau de boudin, la dévente : 7 nœuds de vent ce soir contre 23 cet après-midi. Ce n’est subitement plus du tout, mais alors plus du tout, le style Club Med, on passe à l’ambiance colo à Montbéliard à la Toussaint. Si soleil et vent font leur come-back prompto, ce break aura surligné les formidables conditions météo qui président à notre destinée depuis le début de l’aventure, si la pluie essoufflée s’installe, alors nous nous mettrons en condition pour digérer au mieux notre pain noir.
La mer c’est ça aussi. Jusqu’à maintenant c’était presque trop idyllique pour “faire sérieux…” Bottes, cirés et polaires se sont substitués aux maillots de bains et crèmes solaires,”ça change” comme disent les filles en s’offrant leur 3e coupe de printemps…
ÉDITORIAL : NOIR C’EST PAS NOIR
Les nuits à bord de Cassiopeia sont tout sauf noires depuis une semaine. On y voit pratiquement comme en plein jour. Sauf qu’il fait nuit. Le grand réverbère, la lune et son pinceau d’argent, est notre veilleuse géante qui nous fait dire : “même pas peur” de l’obscurité.
LA RECETTE DES NUITS CASSIOPEIENNES : LE 4 avril BRETON
Notre vénéré et néanmoins respectable maître d’océan nous a concocté un tour de garde digne d’un polytechnicien qui a requis au bas mot 3 nuits blanches à son esprit pourtant agile. Le découpage subtil s’opère par tranches de 2 à 3 heures selon le jour ou la nuit.
Un petit exemple valant mieux qu’un long discours de centralien — on en a déjà un à bord, pas la peine d’en rajouter — voici donc le programme du jour. Est exempt de cette tournante au goût a-mer, le chef-cuistot, Nico Mono, car c’est une denrée rare et périssable garante du moral des troupes. Dom-Chef est le superviseur météorique qui multiplie les rondes de nuit à l’improviste pour vérifier si les veilleurs restent bien éveillés.
Restent donc 4 clampins qui se sont partagé ce 13 mai comme suit :
FC : 0h-2h
Arnaud : 2h-4h
FM (+ NM) : 4h-6h
Christophe : 6h-9h + réveil-branle-bas de combat pour tous pour affaler la voile d’étais à 4 h 45 cf. rafales de vent à 27 nœuds.
FC : 9h-12h/Collectif : 12h-14h
FM : 14h-17h/Ch : 17h-20h
Collectif : 20h-22h/FC : 22h-24h.
Chaque jour ça se décale savamment d’1 ou de 2 crans. Et on ne se mélange même pas les pinceaux (trop forts…)
ENQUETE EXCLUSIVE : COMMENT VOS MARINS-MARIS-AMARINES DORMENT-ILS
Le sujet est chaud bouillant, intime, au cœur du tréfonds de la vie quotidienne de vos héros : Comment vos p’tits gars font-ils leurs nuits ? Le Petit Cassiopéien, qui ne recule devant aucune barrière, a mené l’enquête.
D’abord vous désirez certainement savoir… qui couche avec qui.
En descendant l’escalier du carré, prenez la 1re à droite : vous pénétrez dans la suite de l’armateur. Royale, 10 m2 couverts de teck et de matelas king size, salle de bain-douche-wc attenante. L’homme dort et médite ici, seul au milieu de sa solitude ; dans ses mains, nos vies, sur ses épaules le destin d’un deux-mâts de 1975. Tout ça vaut bien une petite compensation (de surcroît c’est quand même lui le proprio, qui paye les traites…)
Le carré est occupé par un mec qui colle bien au profil de ce salon XXL : tout, en Nico Mono, est carré, taillé à la serpe : carrure, intellect ; tout juste note-t-on quelques rondeurs primesautières, ici ou là, rassurantes illustrations de la réussite de cet esprit brillant.
Avancez-vous vers la proue du navire. 2 cabines doubles de 5 m2 dotées de salles de bains-wc se font face. Sur la droite, un couple improbable, Arnaud et Christophe, unis par des ronflements tonitruants. Arnaud, le poète, a pris de la hauteur en occupant la bannette du 1er étage ; au rez-de-chaussée, en escalier, gît Christophe, toujours prosaïque : “dans le tangage moins rude est la chute”
En face, une cabine “spécial-François” : FM en haut, FC en bas :”quand on n’a pas l’ascenseur le rez de-chaussée, c’est + facile après un claquage au mollet”.
Duos constitués sur la base de la démocratie participative, le chef étant, en fait, extrêmement libéral.
“Alors comment que c’est-y qui dorment ??? !!!”
OK j’y viens, on se calme, bande de voyeurs.
1- FM : En slip, ronfle à l’anglaise (très très délicatement et uniquement quand ça ne se remarque pas), dort sur le ventre, coudes calés côtés gauche et droit. S’endort plutôt rapidement sauf hier soir où il a tourné pendant une heure (dans sa bannette pas dans le quartier). Réveils : “un peu plié” (NDLR : goule enfarinée et pas démaquillée de son baume solaire de la veille).
2- Nico : dort sur le dos en T-shirt et slip (boxer à grosses mailles bleues achetés au supermarket de St Martin) ; a un couteau entre les dents pour surveiller la cambuse très convoitée, surtout la nuit. S’endort en 5 à 20 secondes sur les coussins bleus (assortis aux slips) du carré et se réveille aussi vite, toujours prêt à donner la main — qu’il a vigoureuse — en cas de coup dur, quelle que soit l’heure. Sinon se réveille spontanément à 4 h 30 (lever du jour). Ne semble pas ronfler (NDLR : aucun bruit nocturne ne le réveille non plus !).
3- Arnaud : slip. Se retourne toutes les nuits, “un vrai tourbillon, comme à terre”. Commentaire de Totophe : “c’est une véritable Lamborghini du naseau qui passe les 6 vitesses en moins de 5 minutes = ronflement pointu et racé” (NDLR : fait 17 apnées à la minute) Totophe :”j’ai fait Louis de Funès dans la Grande Vadrouille en sifflant mais ça ne marche pas”. Dort environ 4-5 heures
par nuit. Du coup réveils pas toujours frais et dispos (NDLR : et pourtant il n’arrête pas de dépoter tous les jours).
4- Christophe : pyjama marron “pour éviter qu’on voie les traces de pneus” — NDLR : désolé… S’endort en 2 minutes et entame une symphonie nasale à décoller les cloisons. Dort “comme un Jésus, les bras en croix, sur le dos”. (NDLR : c’est vrai qu’on lui donnerait le Bon Dieu sans confession…).
5- Dom : A poil sous un drap + couette,”comme à la maison, il ne manque que ma bouillotte”. S’endort en quelques secondes, droit comme une momie, ne bouge pas. Réveils :”dans le pâté”; toutes les nuits il fait un point à minuit, se réveille à 2 heures pour le moteur, à 4 heures pour etc.… bref ce jeune homme s’astreint à une veille très prenante qui le contraint à des nuits en permanence hachées voire à chier.
6- FC : Nu comme un vers, sans rien dessus, hublot ouvert, (bref viril…), en chien de fusil. S’endort rapido. Neurones très vite connectés au réveil (cf. directs matinaux en radio). La séquence habillage la tête de travers et les pieds décollés du plancher est, en revanche, beaucoup beaucoup plus laborieuse (comptez de 10 à 15 minutes minimum). Bruits indésirables ? “je ne l’entends pas ronfler” certifie FM, son voisin de bannette, charitable (à moins qu’il ne soit un peu dur de la feuille…).
SPORT
CA TARGEAIT SUR CASSIOPEIA
À 9,13 nœuds de moyenne sur 24 heures le ketch (mat d’artimon devant la barre) blanc du baron Dubois taillait sa route comme une flèche en fin de matinée. Il avait déjà parcouru plus du tiers de la distance qui le sépare de Lorient, il ne reste que 2 430 miles pour rallier le port breton qui vit grandir le pacha. Le susnommé Captain a pris solennellement à la mi-journée la décision d’avancer nos montres d’une heure. Certains ont obtempéré, moi j’ai préféré jeter la mienne par-dessus bord. Je suis dorénavant affranchi de l’espace et du temps (mais ça risque d’être un peu difficile pour les 1/4 de nuit, du coup le skipper vient de me prêter la sienne). Nous sommes maintenant à -5 heures de décalage avec Nantes.
NOS AMIES LES BÊTES
PARADE DAUPHINESQUE SOUS LES ALIZES
2 petits flippers courtois, jeunes et beaux, joueurs et facétieux ont escorté peu avant l’apéro notre deux-mâts flatté, multipliant les saltos virtuoses, à l’envi. Christophe de la Brosse a tenté un remake peu après sur sa bannette, apparemment il manque un peu d’entraînement.
L’EXPRESSION DU JOUR
Totophe, après 2 Ricards :”J’ai les triceps qui se contractent (en montrant ses abdos), taupette les gars, j’vais me faire une “marienne” ! (sieste en bois-cénéen).
Nous allons nous-mêmes nous offrir une marienne prolongée, la nuit est tombée, qu’elle vous enveloppe de tout notre amour pluvieux mais heureux.
À domani les loulouttes !
Et… taupette à tous les autres !
8e chronique de FC
mai 26th, 2009EXCLUSIF
UNE DAURADE HAMECONNEE EN PLEIN ATLANTIQUE : LE POISSON TUE SUR LE COU
Il était environ 7 h 53 lorsqu’une daurade coryphène a trouvé la mort ce mardi 12 mai, victime du leurre orangé d’un ostréiculteur vendéen en divagation prolongée dans l’Atlantique Nord.
M. C. de la B.,qui a requis l’anonymat, s’est déclaré bouleversé par cet accident inattendu :”j’ai crié à mon alcoolique… Euh je veux dire à mon acolyte :”F… J’en ai chopé un, c’est pas le moment de t’endormir sur la lunette des vécés !!!”
Heureusement d’autres collègues de virée ont pallié les lacunes du pêcheur vissé sur sa cuvette. M. Molinari F.,45 ans et encore frais comme un gardon a prestement relevé la ligne, ensuite tout est allé très vite. M. Nico Mono, 48 ans, tout en muscles, a harponné la bête finalement achevée à coup de vodka dans les ouïes par M. Moli.
Le poisson vert jaune et bleu de type daurade coryphène — un modèle très en vogue dans ces eaux cette saison — long de 34 inches (85 cm) et pesant aux alentours de 4 kg 230 a été dépecé, vidé, écaillé par M. C de la B a l’aide d’un curieux couteau très tranchant d’origine vendéenne. La prise a été opérée alors que Cassiopeia naviguait à 9 nœuds dans une mer légèrement formée (1 mètre de creux).
SCOOP
PROPULSES A LA VITESSE DE L’ECLAIR, ILS N’EXCLUENT PAS DE FAIRE UNE HALTE AUX ACORES
De notre envoyé spécial, François Cassiopée
FC : Cette éventualité pourrait faire sensation !
MrD. D., armateur : oui.
FC : on peut le dire
DD : c’est sûr
FC : et en fait ça vous a pris comme ça ?
DD : non c’est un peu différent
FC : ah bon j’avais cru.
FC : vous avez des raisons valables ?
DD : oui
FC : ah cool
DD : oui c’est super-cool
FC : Mais encore ?
DD : En deux mots nous marchons très vite (7,27 nœuds de moyenne depuis 6 jours soit 1 003 miles parcourus = 1 860 km), la courroie de notre groupe électrogène n’est pas au mieux de sa forme donc je me réserve en tant que seul maître à bord après Dieu cette possibilité de stopper mon navire au port de San Miguel. L’Islande me paraît légèrement moins attractive.
FC : Et en plus ça donnera une nouvelle fois à votre équipage l’occasion de ne pas profiter d’un bain de mer.
DD : Effectivement. Je n’aime pas me baigner et donc, tout naturellement, eux non plus. C’est vraiment magnifique cette solidarité des gens de mer.
FC : Merci beaucoup Monsieur Dédé.
DD : C’est moi.
FC : Mais je vous en prie.
DD : Tout le plaisir était pour moi
FC : Vous voulez rire !
Propos exceptionnels recueillis, entre deux siestes, par FC
1er SONDAGE EXCLUSIF TNS-SOFRES-CASSIOPEE
1 A la question “êtes-vous favorables à ce que le soleil brille et le vent souffle ?”
99,8 % des sondés ont répondu oui, 0,2 % ne se prononcent pas
Témoignage de C. de la B. :”Tout petit déjà avec ma bouée canard à Brétignolles j’aimais le vent, le soleil… et les filles”
2 Considérez-vous qu’une traversée de l’Atlantique sur Cassiopeia est :
- une chance : en ouvrant mon paquet bonux y’avait un bon, j’ai répondu quand c’est gratuit je réponds toujours
- la chance de ma vie : je suis sur une autre planète avec de vrais amis dans une ambiance d’aventuriers soudés par le défi
— grâce à Cassiopeia j’ai redécouvert Platon
98,7 % ont choisi la réponse 2
Témoignage d’AG, 56 ans :”humainement il se passe des choses fortes sur ce bateau. Et en plus je suis devenu un as de la vaisselle : 6 assiettes, 12 couverts et 6 verres en moins de 1’ 53» avec de l’eau de mer”
3 Comment qualifiez-vous les repas à bord de Cassiopeia ?
- Pouah, beurk
- Encore !!!
- Burp (rot)
98,4 % “encore !!!”
Témoignage de NM, chef cuistot anonyme à bord :”c’est vrai que j’excelle dans l’art de transformer des petits riens comestibles en mets royaux. On m’en redemande ; Est-ce raisonnable d’avoir tant de talent qui met en péril ma propre ligne et celle de mes pensionnaires ?”
A SUIVRE
L’expression du jour
Nico à Totophe :”Force pas, ton bout est trop petit pour mon manche” (NDLR
On vous aime très fort et on vous kiss avec tout le soleil encore emmagasiné aujourd’hui !
7e chronique de FC
mai 26th, 2009À bord de Cassiopeia, lundi 11.5.09,19 h 05
Mes séraphines.
Journée bricolo intensive avec un Dom et un Totophe immergés toute la matinée dans le coffre du groupe électrogène qui montrait quelques signes d’inconstance voire d’inconsistance.
Nous avons une nouvelle fois sorti le grand jeu : 480 m2 de toile soit 2 fois le jardin des Moli ou la totalité du parc des D. C’est moins vert mais ça déménage beaucoup plus.
Depuis notre départ de St Martin et au terme de 5 jours de mer nous avons déjà parcouru 900 miles (1 670 km) sur 3 580 (6 630 km), soit 25 % du trajet en 120 heures.
Nico a fait l’inventaire des boissons disponibles : 220 litres de Rhum, 147 litres de whisky… Non je déconne : 178 litres d’eau “Cristaline”, 47 litres de jus de fruit, 98 cannettes de bière, 59 cannettes de coca + 24 litres de lait.
En “machable”: nous dégustons encore des salades fraîches de St Martin + pommes, oranges, ananas etc… et pouvons aligner 86 repas d’affilée, vive la prévoyance !
Je ne sais pas si j’aime encore le poisson mais je DÉTESTE dorénavant LES poissons qui ne veulent toujours pas se faire prendre et que j’ai injuriés à une 20aine de reprises aujourd’hui. On n’en demande qu’un seul et pour 6 parts, c’est pourtant pas la mer à boire…
Ambiance toujours excellentissime à bord et soleil de rêve, 25° constants.
Sommes passés très près des Bermudes. Les autochtones y portent quotidiennement des culottes courtes appelées bermudas. Les Bermudiennes sont les cousines des Méridiennes, très confortables pour dormir.
LA NAVIGATION POUR LES NULS
Leçon N° 1 : une drisse sert à hisser les voiles, une écoute, à les écouter. Mais parfois faut pas trop les écouter car, sinon, elles n’en font qu’à leur tête (de mât).
Leçon N° 2 : Le Winch. Ressemble à une grosse bite (d’amarrage) et c’est vrai qu’il sert à tirer (de grands coups).
Leçon N° 3 : La Barre. Quand on se casse on l’utilise pour se barrer. Et quand on est cassés (sur un rocher) c’est qu’on est mal barrés
Leçon N° 4 : La Boussole. Appelée compas car c’est pas con. Ne perd jamais le Nord même si t’es un peu à l’Ouest.
Leçon N° 5 : Voiles. A ceci de commun avec celui de la mariée que sans elle un voilier ne serait qu’un bateau. Et quand on borde une mariée elle file, elle aussi, avec allégresse
Leçon N° 6 : Le bout. Ce n’est pas l’appendice masculin bien connu. Se prononce “boute” et lorsqu’on tire dessus comme une bête le navire avance très vite d’où l’expression “boute-en-train”
Leçon N° 7 : Le Foc. Contrairement à ce que laisserait suggérer l’expression “gay comme un foc”, ce n’est pas une voile de pédé même si on la tire entre hommes.
Leçon N° 8 : La Trinquette : Se consomme à l’heure de l’apéro, avec quelques glaçons du côté de Terre-Neuve
Leçon N° 9 : Barre de Flèche. C’est quand un barreur très brillant monte à bord ; le bateau fonce, le loch s’affole et l’équipage serre les fesses d’où l’expression :”sortir de la pétole pour entrer dans la pétoche”
Leçon N° 10 : Biture. C’est quand on arrose l’arrivée après s’être collé à la bite d’amarrage.
Leçon N° 11 : Branlée. Ce n’est pas du tout ce que vous pensez. S’en prendre une c’est se faire secouer à mort et non se secouer jusqu’à la petite mort.
Leçon N° 12 : Gaffe. Longue tige munie d’un crochet. Un navigateur gaffeur fait souvent plus d’un crochet
LES PHRASES DU JOUR
-Totophe :”François, le lever du jour se lève, tu peux tendre tes lignes” (NDLR : et pourtant, à 4 h 30 du matin, il était à jeun…)
-Dom :”Beau temps, belle mer, paille au cul et le feu dedans”
-Totophe (bis) :”Après les Bermudes, vent du cul dans la plaine”
-Totophe (ter) :”je ne sens rien’s à l’horizon”
-Dom (bis) :”Oui Christophe je suis 100 % d’accord avec ton analyse, j’en suis même à l’origine”
Messages personnels
Le petit FM fait toutes ses nuits de façon très consciencieuse, il ne sera pas du tout en manque de sommeil à son retour.
Ses 5 acolytes vont super-bien et me chargent de vous dire que la vie est décidément super-belle à bord.
Vous nous manquez, c’est la seule ombre à notre tableau idyllique. Nous vous embrassons comme nous vous aimons c’est-à-dire très très fort.